« Rose » au Théâtre Paris-Villette : quand l’adolescence refait surface, entre épines et lumière

Affiche "Rose"
Affiche "Rose"

Au Théâtre Paris-Villette, jusqu’au 7 février 2026, la compagnie québécoise Théâtre du Gros Mécano / Théâtre Bluff présente ROSE, texte d’Isabelle Hubert mis en scène par Mario Borges et Carol Cassistat.

Lauréate du Prix du meilleur texte original aux Prix Théâtre 2024-2025 et du Prix Louise-LaHaye 2025 (volet adolescence), cette pièce d’une heure, destinée dès 11-12 ans mais qui parle intensément aux adultes, s’impose comme l’une des propositions les plus justes et les plus émouvantes de la rentrée hivernale parisienne sur le thème de la santé mentale adolescente.

Décor de « ROSE » au Théâtre Paris-Villette – AMBIVALENT©

Le dispositif est limpide et poignant : Rose, aujourd’hui adulte épanouie (interprétée avec une retenue émouvante par Éva Daigle), accompagne son fils de 15 ans chez un psychologue. Le simple fait d’entendre parler les tourments de son enfant suffit à faire resurgir, en elle, l’adolescente qu’elle fut – une adolescente blessée, claustrophobe, qui se terrait dans le noir pour fuir une lumière qu’elle ne supportait plus.

Le chassé-croisé temporel s’opère alors avec fluidité : on bascule sans heurt du cabinet médical au passé, là où naît l’improbable amitié nocturne entre la jeune Rose (Célia Gouin-Arsenault, remarquable de fragilité rageuse) et Victor (Félix Lahaye, solaire malgré la lune qui le contraint), un garçon atteint d’une maladie l’empêchant de s’exposer au soleil, qui espionne les fonctionnaires du Complexe G et rêve de vivre « normalement ».

La mise en scène de Mario Borges et Carol Cassistat excelle dans cette progression presque organique de l’oppression vers l’ouverture. Au début, l’espace scénographique d’Odile Gamache est oppressant : cloisons, lumières anguleuses, sons persistants et agaçants, camaïeu de gris qui pèse sur la poitrine du spectateur comme sur celle des personnages. Puis, lentement, la verticalité s’horizontalise, les couleurs percent, le silence advient. Cette dramaturgie de la respiration – littérale et métaphorique – est servie par une direction d’acteurs d’une grande finesse. Pierre-Yves Charbonneau complète le quatuor avec une présence discrète mais essentielle dans les rôles adultes.

Le texte d’Isabelle Hubert, inspiré par l’expérience réelle de sa propre fille, frappe par son absence de mièvrerie et son refus de la leçon moralisatrice. L’autrice ose nommer la détresse, les pensées suicidaires, le sentiment d’être « trop » ou « pas assez », sans jamais verser dans le pathos spectaculaire. L’humour – vif, parfois caustique – et la tendresse qui traversent les dialogues entre Rose et Victor rendent la pièce respirable, supportable, et finalement lumineuse. Comme le dit la note d’intention de l’autrice : il s’agit moins de crier « Parlez ! » que de prouver que l’on sait écouter.

Éva Daigle, Célia Gouin-Arsenault, Félix Lahay et Pierre-Yves Charbonneau au Théâtre Paris-Villette – AMBIVALENT©

On sort de ROSE le cœur serré mais étrangement apaisé, avec cette certitude rare au théâtre : oui, on peut guérir ; oui, il existe une lumière au bout du tunnel ; et non, on n’est pas seul. Une pièce nécessaire, intelligente, portée par quatre interprètes habités et une mise en scène qui fait exactement ce qu’elle promet : passer des épines à l’espoir incandescent.

Une très belle réussite québécoise qui mérite largement le voyage jusqu’à Porte de Pantin – et qui, on l’espère, poursuivra sa belle tournée européenne.

Théâtre Paris-Villette
Du 28 janvier au 7 février 2026
Texte : Isabelle Hubert
Mise en scène : Mario Borges et Carol Cassistat
Avec : Pierre-Yves Charbonneau, Éva Daigle, Célia Gouin-Arsenault, Félix Lahaye
Durée : 60 minutes