Rideau Records : la soirée qu’il ne fallait pas manquer
Le 12 mars 2026, Rideau Records, le tout nouveau label fondé par Sacha Got (membre emblématique de La Femme), a tenu sa soirée de lancement au Théâtre Les Étoiles, cette salle parisienne hybride où l’héritage théâtral rencontre l’énergie club. Dans une ambiance à la fois intime et électrisante, l’événement a révélé les deux premières signatures phares du label : Titi, un chanteur qui réinvente la chanson française contemporaine avec une touche rock, pop indé, une énergie brute et une vraie poésie dans l’écriture ; puis Tentative, projet singulier porté par la chanteuse et performeuse Charlie Perillat, entre indie rock, new wave fantasmagorique, accents post-punk/surf et forte esthétique cinématographique, dont le nouvel album, LA FILLE PHARMACIE, (sorti le 23 janvier 2026) est produit par Sacha Got.

Dès 21h, Sacha Got monte sur scène pour une courte introduction à la flûte, presque onirique, avant de souhaiter la bienvenue au public et de dévoiler le programme de la soirée. Le ton est posé d’emblée : on est chez des passionnés de musique qui ne se prennent pas trop au sérieux, mais qui refusent tout compromis sur la qualité.
Titi entre en scène, impeccable en ensemble pied-de-poule et lunettes noires, silhouette élégante et légèrement mystérieuse. Seul au départ, il livre une reprise épurée de SUMMERTIME, standard jazz intemporel, qui révèle immédiatement sa voix sensible, précise, sans artifice.

Le décor bascule dès le morceau suivant, LIQUIDE. Six musiciens le rejoignent : la claque est immédiate. Ce qui pouvait sembler farfelu devient une osmose rare, entre groove organique et touches électroniques subtiles. On sent un vrai groupe, pas un simple backing band.
Titi s’adresse naturellement au public : « Bonsoir ! Ce soir, c’est le lancement du label Rideau Records et la release party de l’album de Tentative… Allez, on vous fait un classique : CHIENNE (POUR DERNIÈRE) ». Veste et lunettes tombent, il dédie le titre suivant, NON, à sa filleule – avec la menace amusante de le lui répéter en boucle si elle n’écoute pas. Les lumières passent en flashs stroboscopiques blancs : l’intensité monte.
Le moment le plus inventif surgit avec WONDER : Titi distribue au public des bouts de paroles sur feuilles volantes. Une mise en scène participative et maligne qui crée un lien instantané avec la salle.

Le pic émotionnel arrive avec VIVRE, interprété en duo avec Shoty Ndjoli, musicien originaire de République démocratique du Congo. Ce titre electro-expérimental explose : textures riches, tension rythmique, émotion brute. Sans conteste l’un des sommets du set – on attend sa sortie officielle avec impatience.

Pour conclure, Titi change de costume et livre FEU, son premier single sorti le 5 mars 2026. Il remercie sincèrement l’équipe technique et l’ingénieur du son, avant de lâcher cette bombe finale. La chanteuse Orphée le rejoint sur la fin du morceau pour une intervention vocale poignante qui laisse la salle suspendue après 40 minutes d’un set bouillonnant.

À 22h, après une courte pause musicale, Sacha Got revient pour un interlude flûté hypnotique, puis cède la place à Tentative et sa cure de choc.
Une croix verte LED géante s’allume – néon iconique des officines de quartier –, signal clair que la pharmacopée commence. Une femme entre, plateau de fruits de mer en main, et ouvre des huîtres avec une précision chirurgicale, les distribuant comme des cachets dans une salle d’attente surpeuplée. Pendant ce temps, le thème instrumental LA FILLE PHARMACIE flotte dans l’air enfumé : entrée en matière délicate comme une incision au scalpel, annonçant un show où burlesque et malaise se prescrivent mutuellement.

Charlie Perillat surgit, minerve au cou et béquille en main, crinière rousse incendiaire, accompagnée d’un danseur en talons aiguilles et d’une danseuse aux croix noires sur tétons nus, lentilles blanches opaques évoquant une patiente en phase terminale d’hypnose. Le diagnostic tombe : on plonge dans le TentaShow, bloc opératoire mental où chacun est invité à se sentir « très mal » et « tout cassé ».

Le set démarre sur CHIZ4, chorégraphie endiablée sous stroboscopes blancs, comme une crise d’épilepsie collective thérapeutique. S’enchaînent VERRE SOLITAIRE (stroboscopes verts acides, ambiance post-anesthésie), RODEO GIRL (lumières rouges sexy, palpations cardiaques accélérées), puis PILE PÂLE sous gyrophare bleu. Charlie accuse les garçons de la salle d’être « mous » avant une toux collective avec ses complices. Soudain, Valentin Lamour, graphiste des visuels du projet, slalome dans le public en tenue de moine, distribuant du céleri. Certains le dévorent, d’autres le gardent pour plus tard comme remède miracle.
GARÇON GLAÇON, titre phare de l’album, explose en ambiance bleue glaciale, suivi de MALÉDICTION en solo sous lumières violettes sédatives. Un rappel de l’album précédent avec MONTAGNE, noyé dans la fumée, offre une courte pause posologique précédée par un « Je pense que vous avez besoin de quelques huîtres supplémentaires » de la chanteuse, qui quitte brièvement la scène.

Vient l’interlude VALSE DE L’HUITRE : la danseuse revient en chaussures lumineuses, rejointe par le danseur en combinaison latex moulante, une énorme clé à la main qu’il tente d’avaler comme un tube de gastroscopie. Lasers, fumée dense. Charlie, désormais capée comme une héroïne de film d’horreur médical, revient pour HOMME À LA CLÉ.
L’escalade s’accélère : CHLAMYDIA en stroboscope total (clin d’œil punk aux IST), BRÛANT SOMMEIL dédié aux insomniaques chroniques (ambiance sexy-mystérieuse), puis I WANNA BE LIKE YOU. Le décolleté de l’interprète se creuse progressivement.
Charlie demande si on aime « le bruit du latex » avant de plonger dans L’AMANT NU SUR UN DIVANT AVEC DES PLUMES DE GOÉLAND – titre aussi long qu’une ordonnance interminable.
Le climax punk survient avec J’AI PLEIN DE TRUCS À FAIRE et ses mini-pogos dans la fosse. Le moine céleriste refait surface, se fraie un chemin jusqu’à la scène pour une distribution massive de céleri sur SORT CÉLERI (single 2024 revisité) : grand moment techno vert fluo, salle en transe hallucinogène, fumée épaisse.

Fin à 23h05. Soixante-cinq minutes de thérapie de choc où cold wave, post-punk, poésie trash et performance burlesque se mélangent comme un incontrôlable cocktail par intraveineuse.
Verdict médical : LA FILLE PHARMACIE n’est pas un simple album, c’est une intervention esthétique radicale signée Charlie Perillat et Sacha Got. Ce live en est la preuve irréfutable : Tentative ne guérit rien, mais provoque une décharge d’adrénaline salutaire. Contre-indications : cœurs fragiles, allergiques au céleri, phobiques du latex. Posologie recommandée : à haute dose, sans modération. Effets secondaires : addiction durable au TentaShow.

Le temps de débarrasser la scène des instruments, et les noctambules parisiens les plus insatiables peuvent désormais savourer une conclusion de soirée idéale : un DJ set incandescent signé Dorion, figure incontournable de la nightlife capitale et résident des adresses les plus en vue – de La Fête Club à ses propres créations comme la légendaire Je T’aime Party –, suivi d’un passage prolongé derrière les platines par Sacha Got, maître d’œuvre du label célébré et hôte de l’évènement.
Bilan de la soirée : Rideau Records s’annonce comme un label audacieux, misant sur des artistes aux univers forts et sans peur du mélange des genres. Un excellent premier évènement, qui donne très envie de suivre le reste du catalogue.