The Odds enflamment Le Trianon
Hier soir, le 31 janvier, The Odds a transformé la salle mythique du Trianon en un véritable volcan rock. Devant une foule compacte et survoltée, le quatuor parisien – Tarka Decamps (guitare/chant), César Calles (guitare/chant), Alexis Vialatel (basse) et Julien Samuel (batterie) – a livré une performance généreuse, intense et parfaitement maîtrisée, confirmant son statut de révélation montante du rock hexagonal.

Dès 21h07, l’extinction des feux annonce l’entrée en scène. Une lumière rouge baigne la salle, le logo du groupe clignote sur le rideau tandis qu’une intro pesante fait monter la pression. Quand les lumières se ravivent, les quatre musiciens apparaissent en tenues rouges parfaitement coordonnées. César, le plus volubile du groupe, lance un tonitruant « Faites du bruit, le Trianon ! » qui donne le ton : ce sera une soirée sans filtre. Et le bruit vint, immense, primal.
Le set démarre fort avec ROI. Les corps se meuvent comme une marée vivante. Vient ensuite BASTILLE alors que César hurle son étonnement joyeux : « Putain, mais quoi ? On est au Trianon, baby ! ». L’air vibre d’une urgence adolescente, celle qui sait que tout peut basculer en un riff de guitare.

Un malaise dans la fosse interrompt le concert pendant quelques minutes. César, torse nu désormais, prend le micro avec sérieux : « Faites bien gaffe aux autres et si jamais vous avez besoin d’eau, n’hésitez pas ! » Preuve d’une vraie attention au public. Pour rattraper le temps perdu, le groupe sacrifie le titre JOUJOU, mais le reste du set n’en perd rien en intensité grâce à la complicité évidente entre les quatre artistes.
Les titres issus du premier EP s’enchaînent avec TROP POUR MOI et MÉCHANT, avant un moment fort : l’invitation sur scène de deux fans, Justin et Thomas, pour accompagner le groupe à la guitare sur POURQUOI POURQUOI. La fosse explose, les sauts se multiplient. Tarka enlève alors son haut à son tour et Alexis se jette dans le public qui le porte en triomphe – scènes classiques mais toujours aussi efficaces.

Vient alors le seul souffle acoustique de la soirée : ENFANT DE LUCIFER. Les quatre s’assoient au bord de la scène, Alexis à la guitare acoustique. Une constellation de téléphones s’allume dans la salle, comme mille petites flammes qui répondent à la voix fragile et belle du morceau. Un silence religieux, puis des chœurs spontanés. Poésie pure. César déclare alors : « On s’appelle The Odds et c’est un putain d’honneur d’être ici avec vous ce soir ! ». Les mots tombent comme une confession alors que le groupe se repositionne pour continuer à déployer le deuxième EP avec AVANT QU’ELLE NE PARTE, puis SANS AVENIR dont le final est repris avec une énergie saisissante.

Moment poignant avec la création inédite BELLE HISTOIRE, écrite en mémoire de proches du groupe, disparus en 2025. La mélodie, qui évoque par instants le YELLOW de Coldplay, touche profondément la salle.
Place à PARANO, le tout nouveau single sorti le 14 janvier, qui réserve une mise en scène originale : intro au piano, puis César apparaît assis sur le rebord du balcon au milieu du public pour chanter le premier couplet comme un aveux fait à une centaine d’inconnus. À la fin, la foule reprend en chœur « J’suis parano » dans une osmose totale avant que le groupe ne s’éclipse.
Le rappel est réclamé avec force, notamment par des « La jeunesse emmerde le Front National ! », paroles extraites du single INTERDIT qui n’a pas encore été joué.

Quelques minutes plus tard, les quatre acolytes reviennent transfigurés, cette fois tout de noir vêtus dans des tenues glam rock impeccables, chaque silhouette distincte et pourtant parfaitement harmonieuse. HARDCORE, titre inédit en promesse d’un premier album à naître lance le rappel avec puissance, suivi de DRUNK ON STAGE sous un arc-en-ciel de lumières. Tarka et César se débarrassent rapidement de leurs nouveaux hauts, et le premier plonge dans l’assemblée pour un crowd surf.
Puis, arrive INTERDIT avec son moment d’hystérie collective : doigts d’honneur en l’air et spectateurs en transe pour une chanson sulfureuse et assumée qui fait vibrer les convictions et trembler les murs de la salle.
Alexis annonce la fin imminente : « On arrive à la fin, c’est le moment de péter un câble ! » avant de lancer LE DÉTAIL, tube absolu qui déclenche le chaos joyeux : pogos, corps portés au-dessus des têtes, filles surfant sur une vague humaine… Le morceau est décidément taillé pour la scène.
Ému, César raconte : « On s’est rencontrés à l’école primaire de la rue Blanche, qui est littéralement à 3 minutes d’ici. Jamais j’aurais pensé qu’on ferait un putain de Trianon ensemble ! ». Le groupe remercie les équipes techniques, le management, la première partie (Diabolo Fraize), et invite ce beau petit monde et même certains fans sur scène. La famille s’élargit sous les projecteurs.

La soirée se conclut sur GABRIELLA, « la vraie-vraie dernière chanson » du set selon César. Le groupe descend dans la fosse pour un dernier bain de foule et se perd parmi les corps avant de rebrousser chemin vers la scène pour un salut final.

22h46 : Les lumières de la salle se rallument sur des visages rougis, heureux, changés. The Odds n’a pas simplement joué : ils ont incarné une fraternité et une beauté rageuse. Leur image n’est pas un accessoire ; elle est le prolongement de leur son – cohérente, audacieuse, rouge puis noire comme le passage du désir à la révolte.

Cerise sur le gâteau : après le show, le groupe fait une apparition surprise au stand de merchandising pour des dédicaces improvisées. Un ultime cadeau à une audience qui ne les oubliera pas de sitôt.

Ce soir-là, dans l’écrin rouge et or du Trianon, quatre garçons ont rappelé que le rock, quand il est vrai, n’est jamais seulement de la musique : c’est une promesse tenue, un feu qu’on se passe de main en main, jusqu’à ce que la salle entière s’embrase avec lui.