8e Prix de la Citoyenneté à Cannes : quand le cinéma prend position

Affiche du 8e Prix de la Citoyenneté
Affiche du 8e Prix de la Citoyenneté

Il existe, dans l’écosystème cannois, des prix qui ne se disputent pas dans les salles obscures du Palais mais dans la lumière franche des convictions. Le Prix de la Citoyenneté est de ceux-là. Pour sa huitième édition, l’association Clap Citizen Cannes revient sur la Croisette avec une ambition intacte : faire du 7e art un miroir tendu aux démocraties.

Née en mai 2017, en marge du 70e anniversaire du Festival international du Film de Cannes, l’association Clap Citizen Cannes est le fruit d’une intuition partagée par quatre membres fondateurs — Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano et Line Toubiana. Entièrement bénévoles, ses membres fondateurs, sa présidence et ses jurés forment une centaine de personnes, ouvertes à quiconque partage leurs valeurs. À sa tête depuis plusieurs années, le cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch — dont l’œuvre, de Ali Zaoua à Haut et forten passant par Much Loved, est régulièrement présente dans les grandes compétitions internationales, des Oscars au Festival de Cannes — incarne à lui seul la vocation du prix : un cinéma engagé, ancré dans le réel, porté par des valeurs universelles.

Un prix qui dit ce qu’il fait
Le Prix de la Citoyenneté se revendique universel, laïque et humaniste. Il a pour objet de récompenser les valeurs érigeant le citoyen en acteur engagé des démocraties, et promeut, au niveau national, européen et international, la représentation de la citoyenneté dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia. Indépendant du Festival de Cannes, il distingue chaque année, parmi les films en compétition pour la Palme d’or, le long-métrage dont la démarche artistique résonne le plus fortement avec les enjeux citoyens contemporains. Son palmarès parle de lui-même : Capharnaüm de Nadine Labaki en 2018, Les Misérables de Ladj Ly en 2019, Un héros d’Asghar Farhadi en 2021, Leila et ses frères de Saeed Roustaee en 2022, Les Filles d’Olfa de Kaouther Ben Hania en 2023, Bird d’Andrea Arnold en 2024, et Un simple accident de Jafar Panahi en 2025. Une géographie du courage, de Téhéran à Tunis, de Paris à Londres.

Remise du Prix de la Citoyenneté 2025 au réalisateur Jafar Panahi pour son film Un simple accident par le jury composé d'Isabelle Chenu, journaliste et cheffe du service culturel de RFI, Delphine Coulin, cinéaste, scénariste et écrivaine, Muriel Coulin,cinéaste et directrice de la photographie, Lionel Baier, cinéaste et producteur suisse et Lucas Belvaux, réalisateur, scénriste et auteur belge, Président du jury. Photo : François Vila©
Remise du Prix de la Citoyenneté 2025 au réalisateur Jafar Panahi pour son film Un simple accident par le jury composé d’Isabelle Chenu, journaliste et cheffe du service culturel de RFI, Delphine Coulin, cinéaste, scénariste et écrivaine, Muriel Coulin,cinéaste et directrice de la photographie, Lionel Baier, cinéaste et producteur suisse et Lucas Belvaux, réalisateur, scénriste et auteur belge, Président du jury. Photo : François Vila©

Jean-Paul Salomé à la présidence du jury 2026
Pour cette édition, le jury est présidé par Jean-Paul Salomé, réalisateur et scénariste français dont la filmographie — de Les Femmes de l’ombre à La Syndicaliste, en passant par L’Affaire Bojarski sorti début 2026 — témoigne d’un intérêt constant pour les récits à forte dimension sociale et politique. Il sera entouré de quatre personnalités aux parcours complémentaires : Mohamat-Aminee Benrachid, acteur sud-soudanais et tchadien ; Fabienne Servan-Schreiber, productrice française de renom ; Micha Khalil, journaliste culture franco-libanaise pour Monte Carlo Doualiya – France Médias Monde ; et Michel Leclerc, réalisateur et scénariste français. Un jury à l’image de ce que le prix incarne : la diversité des regards, au service d’une vision commune.

Deux rendez-vous publics à ne pas manquer
La présence du Prix de la Citoyenneté au Festival se matérialisera autour de deux moments clés. Le jeudi 21 mai à 15h, la Plage du CNC accueillera en entrée libre un débat intitulé « Cinéma et diversité, un enjeu citoyen », organisé avec le soutien du Ministère délégué chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Autour des membres du jury, la discussion réunira Gaëtan Bruel, Président du CNC, Sarah Rinaldi, Cheffe d’unité à la Commission européenne, et Julie-Jeanne Régnault, directrice générale de l’European Producers Club. La modération sera assurée par Florian Krieg, rédacteur en chef du Film Français. Un plateau rare, pour un échange qui s’annonce sans concessions. Puis, le samedi 23 mai à 13h30, c’est au Salon des Ambassadeurs du Palais du Festival que sera remis le 8e Prix de la Citoyenneté — cadre solennel pour une récompense qui, depuis huit ans, fait entendre une voix singulière dans le concert cannois.

Un prix porté par un écosystème solide
Derrière cette ambition, un réseau de partenaires engagés : le CNC, France Médias Monde, la Ville de Cannes, le groupe L’Oréal, la Région Sud, le Parlement européen, l’Université Côte d’Azur, Diplodocus Production et UnisCité, entre autres — autant d’institutions qui font du Prix de la Citoyenneté bien plus qu’une récompense de festival. En huit ans, ce prix s’est imposé comme une boussole. Dans un monde où les démocraties vacillent et où les écrans façonnent les imaginaires, rappeler que le cinéma peut — et doit — prendre position, c’est déjà un acte citoyen en soi.