« Le Pumpkin Spice Café » de Laurie Gilmore : une dose de chaleur automnale dans un monde qui file trop vite
Ah, l’automne ! Cette saison où les feuilles craquent sous les bottes comme des promesses oubliées, où l’air embaume le bois mouillé et les regrets tièdes. C’est précisément dans cet univers cocooning que nous plonge LE PUMPKIN SPICE CAFÉ, le premier tome de la série Dream Harbor qui comprend quatre volumes, pour le moment. Un roman qui fleure bon la cannelle et les cœurs cabossés. Imaginez : une petite ville côtière du Massachusetts, Dream Harbor, ce genre d’endroit où les ragots voyagent plus vite que les mouettes, et où un café niché au bord de l’eau sert de refuge aux âmes en quête de renouveau.
L’histoire ? Simple comme un bonbon au caramel, mais avec ce petit piquant qui accroche la langue. Jeanie, notre héroïne citadine au prénom qui sonne déjà comme un soupir de soulagement, plaque tout : son job de bureau étouffant, ses doutes qui la rongeant comme un ulcère, pour hériter du Pumpkin Spice Café de sa tante adorée. Un saut dans l’inconnu, en somme, qui la propulse dans les bras – métaphoriques, d’abord – de Logan, l’agriculteur local, ce colosse bourru qui fuit les commérages comme la peste, préférant ses champs et ses routines solitaires. Il n’a aucune envie de voir une “fille de la ville” chambouler l’équilibre fragile de Dream Harbor. Et pourtant… L’arrivée de Jeanie, avec ses idées folles et son optimisme contagieux, va le percuter de plein fouet. « Grumpy meets sunshine », diront les connaisseurs du genre ; un duo qui évoque irrésistiblement Luke et Lorelai de GILMORE GIRLS, cette série culte où les dialogues pétillent comme du cidre effervescent. D’ailleurs, l’autrice n’a pas caché son clin d’œil : son pseudonyme, Laurie Gilmore, n’est-il pas une déclaration d’amour à la petite ville de Stars Hollow ?
Contrairement aux auteurs de la série, Laurie Gilmore saupoudre son récit de scènes plus osées que la moyenne des romances cosy – un “dash of spice”, comme on dit outre-Atlantique, qui surprend sans choquer.
Mais parlons-en, de cette douceur enveloppante. Les phrases coulent comme un sirop chaud : courtes et punchy quand la tension monte, ou plus languides pour dépeindre les rituels du café, ces matins où l’arôme de la citrouille se mêle aux rires des habitués. La petite ville de Dream Harbor vit, respire ; ses personnages secondaires, ces excentriques aux langues bien pendues, rappellent les villages de cinéma où tout le monde se connaît et où les secrets ne tiennent pas une semaine. Page après page, on se surprend à sourire bêtement, comme si Laurie Gilmore avait glissé un sortilège dans ses mots, quand on ne rit pas aux éclats à la lecture des réunions municipales foireuses, faites ds chamailleries sur le choix des citrouilles pour la fête d’Halloween.
Pourtant, avouons-le, le cœur n’est pas tout à fait en sucre d’orge. Il y a dans LE PUMPKIN SPICE CAFÉ une mélancolie sous-jacente, un écho aux blessures de Jeanie qui serre la gorge. Prise par le vertige du recommencement, la jeune femme a peur que le nouveau départ ne soit qu’un mirage, comme ces lattes trop sucrés qui masquent un café amer. Laurie Gilmore excelle justement à tisser ces nuances émotionnelles ; elle ne se contente pas de badigeonner son récit de bons sentiments, elle y infuse un peu de ce frisson de vulnérabilité qui rend l’amour poignant. Jeanie n’est pas juste une héroïne qui trouve l’amour ; elle redécouvre qui elle est, loin des attentes sociétales. Logan, avec ses silences lourds comme des citrouilles trop mûres, n’est pas qu’un beau gosse taillé dans le chêne : il porte ses fantômes, et leur alchimie naît de ces heurts maladroits, de ces nuits où l’on doute encore.
On pourrait chipoter : l’intrigue suit les rails bien huilés du trope small-town romance, sans grande surprise pour qui a déjà vu un téléfilm Hallmark (mais si, vous savez, cette chaîne de télévision américaine, spécialisée dans les comédies romantiques et les cartes de vœux). Et cette obsession pumpkin spice, si typiquement américaine, risque de laisser perplexe les palais plus habitués au vin chaud alsacien qu’au sirop de courge. Mais franchement, qui lit un livre intitulé LE PUMPKIN SPICE CAFÉ en quête d’existentialisme ? C’est du réconfort pur, un câlin littéraire pour les jours où l’automne vous tire par la manche vers l’hibernation. Et avec son prix TikTok Book of the Year en 2024, il a déjà conquis des millions de cœurs en quête de ce baume sucré.
LE PUMPKIN SPICE CAFÉ n’est pas un chef-d’œuvre intemporel ; c’est une parenthèse enchantée, un rappel que parfois, le bonheur se savoure en petites gorgées, avec un soupçon de piment pour ne pas s’endormir. Laurie Gilmore signe ici un premier tome qui donne envie de dévorer la suite (dont on vous parlera très bientôt).
Si vous avez le blues des feuilles mortes, offrez-vous ce latte romanesque avec son élégant jaspage. Vous en sortirez les joues rosies et le cœur un peu plus léger. Et qui sait ? Peut-être que le prochain automne, vous croiserez vous aussi votre nouveau crush au coin d’une rue pluvieuse…