« Le dernier rêve », Pedro Almodóvar se livre en fragments
Après une première sortie en grand format chez Flammarion en août 2024, LE DERNIER RÊVE de Pedro Almodóvar vient de paraître en poche chez J’ai Lu. Un livre qui apporte une touche littéraire intime de la part du cinéaste espagnol, figure emblématique de la Movida, en mêlant récits, autofiction, souvenirs et rêve. Plus qu’une simple entrée dans l’écriture d’Almodóvar, ce recueil se présente comme un miroir compliqué de sa vie, de ses obsessions et de son art.
Un cinéaste auteur
Ce recueil rassemble douze textes couvrant une période étendue, des débuts d’Almodóvar à ses réflexions les plus récentes. Certains récits remontent à la fin des années 1960, d’autres rédigés récemment, ce qui donne au livre une dimension de rétrospective vivante, oscillant entre passé et présent.
Entre autofiction et confession
Almodóvar le dit lui-même : LE DERNIER RÊVE n’est pas une autobiographie au sens classique. Il parle d’une autobiographie morcelée, incomplète, quelque peu cryptique.
Cette réserve ne cache pas, pour autant, une proximité très forte avec sa vie. L’auteur souligne le lien étroit entre ce qu’il écrit, ce qu’il filme et ce qu’il vit. Janus littéraire et cinématographique, il y expose des personnages familiers (amis, amours, figures maternelles, muses), alliant fiction et souvenirs.
Dans le récit qui donne son titre au recueil, Almodóvar relate les derniers mots et le dernier rêve de sa mère, quelques heures avant sa mort — une scène bouleversante qui semble cristalliser à la fois le souvenir, le mystère familial, le rapport au rêve et à la perte.
Un style unique
Du point de vue stylistique, LE DERNIER RÊVE déploie une écriture vive, imaginative, parfois flamboyante, fidèle à l’esthétique cinématographique d’Almodóvar — mais ici dans le registre de la langue écrite. Certains récits portent une charge émotionnelle forte, d’autres flirtent avec l’excès, le baroque ou l’ironie, soulignant la part de créativité même dans la confession.
On y découvre un auteur cinéaste qui franchit une étape supplémentaire, non pas pour rivaliser avec les écrivains, mais pour explorer une autre forme de présence au monde, pleine d’exubérance de mélancolie.
Le rêve accessible
Cette nouvelle édition permet de rendre plus accessible ce travail littéraire (petit format plus abordable) à un lectorat plus large — non seulement aux fans du cinéma d’Almodóvar, mais aussi aux amateurs de littérature étrangère contemporaine.
Avec LE DERNIER RÊVE, Pedro Almodóvar fait plus que raconter : il cisèle ses souvenirs, fouille ses rêves, interroge l’identité, la famille, l’art sous toutes ses formes. L’ouvrage, à la fois fragile et audacieux, se pose comme un palimpseste de vie, un pont entre image et mot, passé et présent.
Cette parution confirme que l’écriture peut être pour lui un lieu de liberté, complémentaire du cinéma, et que le rêve — ce dernier rêve — mérite d’être consigné, partagé, lu.