[Interview] François Vincetelli : l’acteur pas farouche
Acteur aussi à l’aise sur scène qu’à l’écran, François Vincentelli cultive une curiosité et une énergie qui l’ont mené des planches de théâtre aux plateaux de télévision et de cinéma. Nous avons croisé l’acteur de passage au festival CreaTVty à Sète où il a présenté en compétition LES FAROUCHES, un téléfilm prochainement diffusé sur France 3. Il y interprète le capitaine Victor Farthouat, un policier discret forcé de collaborer avec une bouillonnante commandante campée par Barbara Schulz. Leur duo, réputé pour son efficacité, vacille le jour où ils découvrent que leurs enfants respectifs forment un couple. En pleine enquête sur une mort suspecte, ces deux fortes têtes doivent composer entre devoir professionnel et tourments personnels. Rencontre avec un artiste passionné, pour qui chaque rôle est l’occasion de se réinventer.
Vous revenez au festival CreaTVty pour la deuxième année consécutive après avoir été membre du jury de la première édition. Est-ce pour les spécialités culinaires ou les séries que vous êtes fidèle ?
C’est mes deux passions (rires). J’ai découvert Sète assez récemment parce que j’ai des amis ici, notamment Yannig Samot qui a un appartement ici, ou encore Alexandre Brasseur, avec qui j’ai tourné. J’aime beaucoup cette ville. J’ai eu l’honneur d’être dans le jury de ce festival l’année dernière, et je me suis vraiment bien amusé, j’étais très heureux. La sélection était formidable, vraiment incroyable, et on a eu beaucoup de mal d’ailleurs à trancher. Ce qui était formidable, c’est que j’avais trouvé deux ou trois films mauvais, mais d’autres membres du jury avaient adoré. À l’inverse, j’avais été seul à trouver certains films exceptionnels, et ça créait des débats. Tous les films étaient réussis. Quand c’est fait avec sincérité, c’est réussi. On peut ne pas aimer, tout en reconnaissant que c’est un film réussi.
Cette année, vous y présentez LES FAROUCHES en compétition, un polar où la victime a décroché un rôle au théâtre après avoir auditionné pour un autre. Vous a-t-on déjà refusé un rôle pour vous en proposer un autre immédiatement après ?
Non ! Pardon de faire cette réponse fermée (rires). Ça ne m’est jamais arrivé. J’ai raté énormément de castings, mais jamais on ne m’a pris pour autre chose. C’était ou ça, ou rien, et ça a souvent été rien. Peut-être que si on se revoit dans quelques mois, je pourrais dire « oui », parce que j’ai passé des essais, justement, et ils ne m’ont pas pris pour le rôle, mais ils se disent, « attends, on a peut-être autre chose ». Je ne sais pas si c’est vrai. On verra…
Dans LES FAROUCHES, votre personnage enquête sur un meurtre. Quel super pouvoir aimeriez-vous avoir pour élucider des mystères ?
Ce serait une sorte d’intuition, qui serait presque comme un sixième sens, un don de voyance avec des flashs ou des rêves qui donnent des réponses.

Vous faîtes confiance à votre intuition ?
Non. J’ai une très mauvaise intuition. Je me plante souvent, alors que j’ai des intuitions, je fais des rêves, mais qui ne sont jamais en adéquation avec la réalité (rires). C’est-à-dire que je me dis « Là, il va se passer un truc » parce que j’ai rêvé de ça, et rien ! Je suis complètement à côté, moi, et il y a sans doute une sorte de frustration dans ça. Après, je dois avouer que j’adore résoudre des énigmes.
Justement, quel est votre rapport au genre policier ?
Je suis assez éclectique dans mes choix. J’aime presque tous les genres, sauf les films d’horreur. Il y a 15, j’ai été juré au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, j’ai vu des films d’horreur toute la journée, et j’ai dit « plus jamais ». Je déteste avoir peur, je n’aime pas ça. Avoir peur, ça ne m’intéresse absolument pas. Après, des grands policiers comme USUAL SUSPECTS, oui. Sinon, la petite enquête, c’est pas vraiment mon truc. Je préfère les comédies, et c’est ce qui m’a donné envie de faire LES FAROUCHES.
Qu’est-ce qui vous attire ou vous amuse le plus dans les rôles impliquant des interrogatoires ou des jeux psychologiques avec des partenaires ?
C’est le rapport humain. De savoir qu’on est pris pour un con lors d’un interrogatoire, ça, ça m’amuse. Il y a justement ça dans LES FAROUCHES, notamment avec la fille de mon personnage qui est l’avocate d’un des potentiels coupables. J’aime bien le jeu. Ce n’est pas que de la comédie. Par exemple, dans la série ADOLESCENCE, qui, moi, m’a beaucoup marqué, j’ai adoré les enquêteurs qui jouent alors qu’ils savent. Nous, on ne sait pas. Eux, ils savent. Ils savent vraiment. Ils ont les preuves. Ils ont la vidéo. Ils sont parfaits, mais il leur faut des aveux. J’aime ça. J’aime le non-jeu, les silences, les regards. Que ce soit dans la comédie ou dans le drame, j’adore ça. J’adore jouer avec des partenaires, surtout quand ils sont bons.

Comment intégrez-vous vos humeurs du moment dans l’interprétation d’un capitaine de police aussi taiseux que votre personnage ?
Je pars toujours de ce que j’ai de moi dans le rôle en question. Par exemple, quand je suis fatigué et que je ne suis pas de bonne humeur, je suis comme le personnage du capitaine, donc je sais que j’ai un côté Bacri-en, , de Funes-ien, Marielle-ien où il ne fait pas m’emmerder. Je peux être autoritaire quand je suis fatigué, notamment avec mes enfants. Je pars donc de là et je rentre sur le plateau de mauvaise humeur.
Votre héritage belgo-corse peut-il influencer votre travail d’interprétation sur ce type de rôles ?
Oui, sûrement. Je pense que le mélange belgo-corse est un mélange intéressant, parce que j’ai cette autodérision, ce surréalisme belge, et à la fois, j’ai cette fierté et cette rigidité corses, mais matinées d’humour. L’humour corse est surtout basé sur la magagne, c’est à dire qu’on s’insulte gentiment et on se charrie entre amis. Il y a des joutes de magagne, des chants. En Belgique, on a cette autodérision profonde, cette folie, ce non-sens. Moi, j’ai effectivement ces deux pôles, donc, je vais puiser un peu plus peut-être pour ce rôle-là chez les corses.
Êtes-vous plutôt un consommateur de films ou de séries ?
J’aime les grands films, mais je suis de plus en plus séries. Je suis le bouche à oreille. Il y a des gens à qui je fais confiance, des gens qui regardent tout, ce qui n’est pas mon cas. Quand on me dit « Ça, c’est à ne pas rater ! », je regarde, parce que je leur fais confiance, parce qu’ils ont du goût et parce qu’on se connait puisqu’on est amis, on a les mêmes affinités. Après, je peux découvrir des choses nouvelles, même si ce n’est pas vraiment dans ce que je préfère. La série ADOLESCENCE, c’est vraiment la dernière grosse claque à tous les niveaux.