[Interview] Dimitri Storoge : l’homme qui voyageait dans le temps

Dimitri Storoge - Ambivalent©
Dimitri Storoge - Ambivalent©

À la fois discret et magnétique, Dimitri Storoge se distingue par sa polyvalence. Tournant aussi bien pour le cinéma d’auteur que dans des projets populaires, il impose sa singularité, que ce soit dans LES LYONNAIS, d’Olivier Marchal, où il crève l’écran dans un rôle de voyou ambigu, ou à la télévision, où il construit une filmographie riche et éclectique.

Présent lors de la deuxième édition du festival CreaTVty, l’acteur est venu défendre DEEP, série évènement produite par OCS, dont l’action se déroule en 1941. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, une équipe de résistants est recrutée pour une mission très risquée : s’emparer d’un sous-marin nazi révolutionnaire — rapide, indétectable, et doté d’une puissance de feu inédite. Mais ce sous-marin cache un secret : il peut voyager dans le temps. Leur mission pourrait bien changer le cours de la guerre… La série mixe fantastique, action et comédie, et propose une réflexion sur le temps tout en rendant hommage à l’Histoire. Un pari couronné de succès, puisqu’elle a remporté le Prix du Jury de la Presse ainsi que celui du Meilleur Réalisateur pour Aurélien Molas, l’occasion pour nous de poser quelques questions à Dimitri Storoge lors d’un rencontre express mais authentique.

Vous avez confié avoir incarné plus de méchants que de gentils dans votre carrière, est-ce toujours d’actualité ?
Oui, j’en ai bien peur (rires). Je crois que je n’inspire pas encore suffisamment aux réalisateurs et metteurs en scène des rôles de gentils personnages. Je n’y peux rien.


Entre ces deux registres, quelle est votre préférence ?
Je m’efforce d’insuffler une certaine humanité dans les deux registres, mais je préfère jouer les méchants, sans hésitation (rires).


Qu’aimez-vous le plus et le moins dans votre métier d’acteur ?
Hormis le fait de jouer et d’incarner de choses, je dois avouer que je ne suis pas à l’aise avec ma propre image. Je n’aime pas me regarder. J’aime bien l’exercice de l’interview qui constitue une belle occasion de parler de mon travail. J’apprécie aussi d’échanger avec le public, comme par exemple après une projection.

Dimitri Storoge - Ambivalent©
Dimitri Storoge – Ambivalent©

Vous présentez DEEP, une série où le voyage dans le temps devient une stratégie de guerre. Quel est votre rapport aux films qui traitent des voyages dans le temps ?
Je n’ai pas une grande connaissance de ce genre de films. Bien sûr, j’ai vu UN JOUR SANS FIN et les RETOUR VERS LE FUTUR qui ont marqué tous ceux de ma génération. Après, il faut admettre que c’est un genre qui n’a pas beaucoup été exploré par des productions françaises, et c’est probablement une des raisons qui font de la série DEEP un projet aussi unique dans sa manière audacieuse de raconter la guerre. Le projet était fou avec son image en noir et blanc, son rythme, ses costumes…


Si vous aviez accès à une machine permettant de voyager dans le temps, dans quelle époque iriez-vous ?
C’est très dur de répondre à cette question ! Je crois que je n’aimerais pas choisir et je ferais en sorte de pouvoir l’utiliser plusieurs fois pour me balader d’époque en époque. Je n’aimerais pas être limité à un seul choix, comme avec les trois vœux de la lampe magique d’Aladdin. D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi le premier vœu formulé auprès du génie de la lampe n’est pas celui d’avoir des vœux illimités (rires). Comment résister à l’envie d’aller rencontrer Jesus, de se promener dans la Préhistoire ou de voir des dinosaures ? D’un autre côté, j’ai l’impression que le métier d’acteur permet justement ce genre de choses. Quand on tourne une fiction d’époque et qu’on fait tout un travail sur les costumes et sur la manière de se mouvoir, c’est un peu comme si on voyageait dans le temps, finalement.


En dehors du tournage, quelle est votre relation cinématographique avec le réalisateur Aurélien Molas ?
On se voit pas mal en dehors, donc on se donne des recommandations de ciné, parce qu’on est assez geeks de ciné, tous les deux. Je suis arrivé très en amont sur le projet de la série DEEP. Quand il a commencé à m’en parler, ce n’était pas encore écrit. Il me parlait de films qui l’inspiraient. Il y a des trucs qu’on aime en commun, mais on a des goûts assez différents avec Aurélien. On se moque beaucoup des goûts de l’autre en matière de cinéma.

Dimitri Storoge - Ambivalent©
Dimitri Storoge – Ambivalent©

Êtes-vous du genre à suggérer à un réalisateur de regarder un autre film parce que son projet vous y fait penser, ou est-ce que vous évitez ce genre de comparaisons en sa présence ?
Non. Je peux lui dire que j’ai pensé ou que ça me fait penser à quelque chose, mais ils ont des égos chelous les réalisateurs (rires). « Ton film m’a fait penser à un film », je préfère le garder pour moi, je crois. Ils ont l’impression d’être une espèce de démiurge ou deus ex machina, qui ferait qu’on n’a jamais tourné avant eux, et qu’on ne tournera plus jamais qu’avec eux. Je déconne ! En tout cas, je ne crois pas avoir déjà suggérer de regarder quelque chose dans ce sens. En revanche, le fait de lire le scénario et d’y voir des références permet de créer un langage commun et de commencer à construire les personnages et la discussion avec le metteur ou le réalisateur. D’un coup, ça peut faire penser à quelque chose et on s’aperçoit que lui aussi y avait pensé. On se construit une référence. Après, quand on retravaille ensemble, on se rend compte d’où l’autre est allé fureter un petit peu en termes de cinéma et d’univers. Mais avoir des remarques en préséance : non !


Sur une série aussi visuelle et où la post-production joue un rôle majeur, comment fait-on pour imaginer le rendu final au moment du tournage ?
Je savais où j’allais d’une certaine manière, parce que j’avais déjà travaillé avec Aurélien. On s’est beaucoup parlé et il y a une certaine confiance qui s’est mise en place entre nous. Ce n’est pas un problème de ne pas savoir où l’on va. Il y a un moment où il faut savoir lâcher, abandonner une certaine forme de contrôle. Ce n’est pas toujours bon de savoir exactement où l’on va, me semble-t-il. Dans cette série-là, on avait des contraintes de décors. Sur sept épisodes, comme il est question de voyages dans le temps, il y a parfois les mêmes scènes qui se répètent et qu’on est obligé de refaire avec des petites différences, en navigant être les épisodes. On peut être paumé, et c’est pour ça qu’il y a une scripte et un réalisateur. On fait le travail de lire et d’apprendre le rôle avant, mais on se laisse porter sans toujours tout comprendre. C’est notamment le cas pour les scènes où il y a beaucoup de fonds verts. On est alors obligé d’imaginer la scène et de se laisser porter.