Sam Quealy à La Cigale : un orgasme scénique qui a fait trembler Paris
La Cigale, ce vendredi 6 mars 2026, a été littéralement submergée par une tempête scénique signée Sam Quealy. L’Australienne installée à Paris, portée par la sortie récente de son deuxième album JAWBREAKER (30 janvier 2026), a transformé la salle légendaire en un théâtre hyperpop d’une sensualité féroce, provocatrice et ultra-théâtrale. Pendant près d’une heure et demie, le public a vécu une immersion totale : pop anarchique, chorégraphies affûtées et interactions sans filet se sont entrelacés dans une énergie d’une liberté rare.
Dès l’obscurité tombée, l’ambiance chavire. Des yeux inquiétants balaient la salle depuis un écran géant tandis que la voix off de Sam Quealy nous aspire. Des silhouettes munies de lampes torches errent dans un brouillard dense. L’atmosphère oscille déjà entre glauque, érotique et menaçant.
Elle apparaît alors, perchée sur une plateforme, gainée d’un body blanc pur, veste et cuissardes assorties, escortée de quatre danseurs-manipulateurs de violons. STRINGS OF TERROR (extrait de JAWBREAKER) donne le ton sans concession : beats techno-pop acérés, visuels oppressants et Sam Quealy qui se défait de sa veste en plein couplet, comme on abandonne une armure devenue inutile.
Le spectacle ne relâche jamais la pression. Alternant entre les brûlots de BLONDE VENUS, son premier album paru en 2023, et les nouveautés plus disco et introspectives de JAWBREAKER, elle passe d’un registre à l’autre avec une aisance déconcertante.
Sur KLEPTO, elle subtilise un smartphone dans la fosse pour un selfie-video provocant (visage puis postérieur) ; GIRLS NIGHT, sa chanson chérie du nouvel album, s’embrase sous un décor galactique, appuyée par des grands écarts et des portés acrobatiques qui rappellent ses années ballet et cabaret. Sa souplesse et sa présence physique sidèrent à chaque instant. « Merci beaucoup ! », lance-t-elle en français avec cet accent australien craquant. La salle chavire.
Arrive ensuite LOVE LASSO, ode à l’amour toxique : un seul danseur face à elle, western érotique où ils se jaugent comme deux serpents sur le point d’attaquer. La tension sexuelle est électrique.
L’intensité monte encore avec FLYING SOLO : lumières psychédéliques, horizon bleu infini sur écran, vagues de bras dans la fosse. Tout le monde est debout depuis longtemps ; le temps s’est effacé.
Le pic émotionnel de la soirée : VALENTINE, déclaration vibrante à la communauté LGBTQIA+. Des lèvres rouges XXL style Kylie Minogue envahissent l’écran, suivies des couleurs du drapeau transgenre insérées dans des cœurs. Les danseurs déploient un immense drapeau arc-en-ciel ; Sam Quealy s’en drape tel une super-héroïne, le brandit avec fierté puis quitte la scène enveloppée de cette solidarité éclatante. La Cigale explose de joie.
Après un interlude chorégraphique brutal sur INTRO (morceau d’ouverture de l’album BLONDE VENUS), elle revient seule, frappe dans ses mains pour lancer FOLLOW THE NIGHT. Penchée vers la fosse, elle effleure les mains tendues, cheveux blonds en bataille. Communion immédiate et magnétique.
Le ton bascule alors dans un trash glamour assumé. Danseurs en uniformes d’infirmiers ultra-sexys, Sam Quealy coiffée d’un calot d’infirmière et d’une traîne greffée à son costume pour COCAINE HOLLYWOOD. « Merci beaucoup, Paris ! We love the energy here tonight ! » clame-t-elle avant de réclamer une volontaire pour la suite. Léa, une fan choisie, monte sur scène. Les danseurs lui passent une camisole extensible et une perruque blonde. Désormais assise, elle devient l’épicentre d’une transe : Sam Quealy, en mode prédatrice, tourne autour d’elle, se frotte, la frôle, la consume du regard durant tout JAWBREAKER, titre éponyme qui met la salle en fusion.
Puis STARLIGHT sous un ciel d’étoiles rouges et bleues amené par la video. En français irrésistiblement approximatif : « Vous vous amusez bien ? Oh, les garçons ! Où sont les garçons ? ». Elle se débarrasse de sa traîne et de sa coiffe. « Il fait chaud, ça vous dérange pas de chanter quelques OLÉ pendant qu’on retire quelque chose ? » Les danseurs finissent torse nu, en shorty ouvert. « La prochaine chanson est ma plus poétique. Elle parle de mon vagin. C’est BIG CAT ». La foule devient hystérique.
Enchaînement sur NIGHTSHADE : invitation à sauter pendant que deux immenses drapeaux à son nom claquent dans l’air. Elle disparaît un instant pour enfiler des voilages transparents, puis revient pour LOVE FOUNTAIN et GROOVY JUNGLE.
Le décor se fait baroque : rideau rouge, bougies, chandeliers. Sam surgit sur une table comme un mets de luxe pour YUM. « Quelle foule sexy ! » lance-t-elle en riant avant d’interpréter SAY MY NAME. Et Dieu sait si l’audience retiendra son nom.
Le sommet arrive avec l’apparition surprise de Marlon Magnee (son compagnon et membre de La Femme) pour leur duo BY MY SIDE. Complicité palpable, solo de guitare incandescent.
Vient l’incontournable WATCH ME NOW, dédié à sa ville natale australienne. Le public chante à pleins poumons ; la Cigale se mue en saloon face à une chorégraphie endiablée, chapeaux de cowboys vissés sur les têtes. Moment parfait pour immortaliser l’énergie brute.
L’artisteremercie son équipe, présente ses danseurs. Elle prévient que la prochaine sera la dernière : SEVEN SWORDS, aux accents 8-bit et visuels pop-kitsch en hommage aux jeux vidéo. La scène se vide, mais personne ne bouge.
Le rappel ? Une plongée littérale dans la fosse sur LONDONTOWN, portée à bout de bras par le public. Retour sur scène, peignoir de boxe enfilé, prête pour le combat final : PUSSY POWER. Danseurs en short de combat, chorégraphie de ring, coups de hanches assassins. Victoire par KO. La salle est en transe.
22h03 : « Merci. We love you. Je t’aime ! » seront les derniers mots de cette soirée sulfureuse.
Plus qu’un concert, Sam Quealy a offert un rituel contemporain : un spectacle total où érotisme décomplexé, empowerment queer, humour corrosif et production visuelle millimétrée fusionnent en une œuvre cohérente. Chaque morceau devient une performance artistique à part entière. Dans une époque qui célèbre souvent le minimalisme, elle assume un maximalisme insolent avec une assurance rare. L’une des prestations les plus inventives et électrisantes vues à La Cigale ces dernières années, entre hyperpop débridée, performance art et cabaret futuriste. Sam Quealy n’est plus une artiste à surveiller. Elle est devenue celle que le monde entier va devoir rattraper. Paris l’a compris vendredi soir. Le reste suivra très vite. Et on en redemande déjà.