Cannes 2026 : la Queer Palm s’offre une co-présidence inédite
Pour sa seizième édition, le prix indépendant dédié au cinéma LGBTQIA+ fait le choix audacieux d’une double présidence, confiée à l’actrice Anna Mouglalis et au metteur en scène Thomas Jolly.
Il y a quelque chose de symboliquement fort dans le geste. La Queer Palm 2026 sera présidée non pas par une seule voix, mais par deux : celle d’Anna Mouglalis, actrice française au jeu habité et singulier, et celle de Thomas Jolly, homme de théâtre dont le nom résonne encore dans les mémoires depuis les Jeux olympiques de Paris. Une co-présidence qui dit quelque chose du temps — celui d’un prix qui, édition après édition, affirme son désir d’embrasser la complexité plutôt que de la réduire.
Anna Mouglalis a traversé les cinémas les plus exigeants, alternant premiers et seconds rôles dans des films singuliers, de Romanzo criminale de Michele Placido à L’Événement d’Audrey Diwan, en passant par Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen. Une présence à la fois magnétique et discrète, qui colle bien à l’esprit d’un prix qui préfère les œuvres à l’éclat des projecteurs.
Thomas Jolly, lui, a accédé à une notoriété internationale en signant les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’été de 2024 à Paris, une performance qui lui a valu un Molière d’honneur. Metteur en scène de théâtre et comédien, il apporte à ce jury la flamboyance et la rigueur artistique qui caractérisent son œuvre scénique.
À leurs côtés siégeront Jehnny Beth, actrice et musicienne remarquée dans Les Olympiades de Jacques Audiard, et André Fischer, directeur du Festival MixBrasil. La plasticienne et actrice Raya Martigny, dont le travail explore les identités queer réunionnaises, complète ce jury . Un ensemble hybride, à la croisée du cinéma, de la scène et des cultures queer contemporaines.
Côté courts métrages, les lauréats du Lab aux commandes. La Queer Palm a institué une tradition aussi belle que cohérente : confier le jury des courts métrages aux talents issus de sa propre pépinière, le Queer Palm Lab. En 2026, ce sont ainsi cinq cinéastes de la promotion qui délibèrent : Imène Benlachtar, Juan Enrique Villarreal, Renato Sircilli, Hông Anh Nguyen et Alexander David — cinq voix émergentes venues de quatre coins du monde, réunies après une année de mentorat intensif. Le programme leur offre un accompagnement personnalisé, des résidences d’écriture et une présentation de leurs projets lors du Festival de Cannes. Confier les courts métrages à ceux qui sont eux-mêmes au commencement, c’est peut-être la façon la plus juste de regarder ces films-là.
La sélection qui s’offre à leur regard est particulièrement dense avec 22 longs métrages et 5 courts métrages. Les longs métrages :
COMPÉTITION
– Amarga Navidad
– La Bola Negra
– La Vie d’une Femme
– Coward
– Garance
– Nagi Notes
– The Man I Love
SÉANCE SPÉCIALE
– Tangles
– Les matins merveilleux
SÉANCE DE MINUIT
– Roma Elastica
– Jim Queen
CANNES PREMIÈRE
– Marie Madeleine
UN CERTAIN REGARD
– Les Elephants dans la brume
– Club Kid
– Teenage Sex And Death At Camp Miasma
SEMAINE DE LA CRITIQUE
– La Gradiva
– Du fioul dans les artères
– Six Months in a Pink and Blue Building
QUINZAINE DES CINÉASTES
– Clarissa
ACID
– Virages
– Coeur secret
Les 5 courts métrages :
LA CINEF
– Silent Voice
SEMAINE DE LA CRITIQUE
– La Sentinelle
– Adgwa-Ata
– What Do You Seek In The Dark ?
QUINZAINE DES CINÉASTES
– Eri
Une sélection aussi diverse dans ses géographies que dans ses façons d’aborder le queer.
Fondée en 2010 par le journaliste Franck Finance-Madureira, la Queer Palm récompense chaque année, aux côtés du Teddy Award de Berlin et du Queer Lion de Venise, un film pour son traitement des thèmes LGBT+, puisant dans l’ensemble des sections cannoises , de la Compétition officielle à l’ACID, en passant par la Semaine de la Critique et la Quinzaine des Cinéastes.
Cette année, l’affiche du prix met en lumière Ericka, figure pionnière de l’histoire LGBTQIA+ de l’île de La Réunion , photographiée par Raya Martigny dans le cadre de son projet Kwir Nou Éxist, qui tisse sur cinq ans photographie, archives et vidéo pour raconter la construction de la communauté queer réunionnaise.
Le palmarès sera dévoilé à l’issue des dix jours de festival, du 13 au 23 mai. Reste à savoir quelle œuvre saura, cette année, convaincre un jury qui réunit en son sein autant d’univers différents et de façons d’être au monde.