Deauville ouvre sa 52e édition sous le signe de la liberté, Ethan Hawke en vedette

Laurie Cholewa.& Genie Godula par Geoffroy Cretien©
Laurie Cholewa.& Genie Godula par Geoffroy Cretien©

Le Centre International de Deauville a fait salle comble ce vendredi 4 septembre 2026 pour l’ouverture de la 52e édition du Festival du cinéma américain. Une cérémonie longue et généreuse, tissée d’hommages, de discours engagés et d’un moment fort : la consécration d’Ethan Hawke par Juliette Binoche, avant la projection du film d’ouverture, Les Contrebandiers.


Recueillement et musique en ouverture

Avant les paillettes, le recueillement : un portrait en noir et blanc du journaliste Alain Duhamel a été projeté à l’écran en hommage. La soirée a ensuite basculé dans la musique avec le pianiste Sofiane Pamart, venu interpréter un extrait de son nouvel album Movie, pensé comme une bande originale de films imaginaires. Sa prestation, saluée par une ovation, a donné le ton poétique de la soirée.

Sofiane Pamart par Geoffroy Cretien©
Sofiane Pamart par Geoffroy Cretien©

Un tour d’horizon de l’édition, entre icônes et relève
Les deux maîtresses de cérémonie, Laurie Cholewa et Genie Godula, ont ensuite déroulé, en français et en anglais, les temps forts des dix prochains jours : un Deauville Icon Award pour Susan Sarandon et Faye Dunaway, un Talent Award pour Brendan Fraser (à l’affiche du biopic sur Eisenhower, Pressure), une clôture par un documentaire sur la Bourgogne signé Michael Dweck et Gregory Kershaw, et une carte blanche de Catherine Deneuve aux Franciscaines, soutenue par Chanel. Le jury de la compétition tranchera le 12 septembre parmi treize films, tandis que le tout jeune premier long-métrage La Gradiva, de Marine Atlan, recevra le Prix d’Ornano-Valenti.
Ont ensuite été présentés le jury de la critique, présidé par Eva Bettan (Émilie Bernet, Lily Bloom, Gaël Golhen et Serge Kaganski), le jury Canal+ composé de cinq abonnés, le jury de la Révélation présidé par Lio (Noée Abita, Marion Barbeau, Manon Clavel et Sayyid El Alami) et le jury de la Compétition présidé par Roschdy Zem (Simon Abkarian, Camille Chamoux, Cécile de France, Euzhan Palcy, Raphaël Personnaz, Lola Quivoron, l’écrivain Mohamed Mbougar Sarr et Laura Smet).


Roschdy Zem honoré par l’INA

Agnès Chauveau, directrice générale déléguée de l’INA, est montée sur scène pour remettre à Roschdy Zem une distinction numérique retraçant, via 93 heures d’archives, la cohérence d’une carrière construite sur l’exigence de justesse, celle-là même qu’il résumait en recevant son César en 2020 pour Roubaix, une lumière, en relativisant son propre mérite au profit de celui du personnage. Un montage d’archives a rappelé ses débuts, son admiration pour Patrick Dewaere et son engagement pour des mémoires oubliées, notamment via Indigènes (Prix d’interprétation masculine collectif à Cannes, en 2006). Dans son discours, un Roschdy Zem visiblement ému et facétieux a expliqué que la peur ressentie avant chaque prise de parole publique n’était autre que la peur de décevoir, moteur selon lui de tout artiste.

Roschdy Zem par Geoffroy Cretien©
Roschdy Zem par Geoffroy Cretien©

250 ans d’amitié franco-américaine
Philippe Augier, maire de Deauville, a salué dans son discours le lien particulier unissant sa ville aux États-Unis, renforcé cette année par la célébration des 250 ans de l’indépendance américaine, d’où la Statue de la Liberté choisie comme visuel de l’affiche du festival. Il a remercié les équipes techniques et logistiques de l’événement et rendu hommage à Lionel Chouchan, cofondateur du festival disparu en février dernier.

Philippe Augier & Charles Rivkin par Geoffroy Cretien©
Philippe Augier & Charles Rivkin par Geoffroy Cretien©

Charles Rivkin, président de la Motion Picture Association et ancien ambassadeur des États-Unis en France, lui a succédé pour un discours bilingue retraçant l’histoire de l’amitié franco-américaine, de l’aide française pendant la guerre d’indépendance au débarquement en Normandie, jusqu’au cinéma comme trait d’union culturel entre les deux pays. Les deux hommes ont ensuite déclaré ouverte la 52e édition du festival.

L’hommage à Lionel Chouchan
Anne d’Ornano, veuve de Michel d’Ornano, l’ancien maire de Deauville qui avait accueilli le projet du festival porté par Lionel Chouchan et André Halimi, a livré un discours personnel et souvent drôle retraçant cette aventure : la création du festival il y a 53 ans, en parallèle du festival fantastique d’Avoriaz, jusqu’au symbole de ce Deauville hors-saison réveillé par le cinéma américain. Elle a rappelé que son ami avait changé une lettre de son nom, de Chouchon à Chouchan, et qu’il était aussi l’auteur d’une vingtaine de livres à l’humour grinçant, récompensé par le Grand Prix de l’humour en 1989. Une archive de l’INA a ensuite fait entendre Lionel Chouchan expliquer, dès 1975, sa volonté de montrer en France le cinéma américain indépendant que le public ne voyait jamais.

Anne d'Ornano par Geoffroy Cretien©
Anne d’Ornano par Geoffroy Cretien©

Aude Hesbert, déléguée générale du festival, a pris le relais pour un discours autour du thème de la liberté, citant Orwell, avant de présenter les invités d’honneur de l’édition, Susan Sarandon, Brendan Fraser et Faye Dunaway, et de saluer le travail des deux présidents de jury, Roschdy Zem et Lio.

Aude Hesbert par Geoffroy Cretien©
Aude Hesbert par Geoffroy Cretien©

Juliette Binoche consacre Ethan Hawke
Après une présentation le comparant au capitaine du Cercle des poètes disparus, Ethan Hawke a été célébré par Juliette Binoche, venue lui remettre le Deauville Talent Award dans un discours en anglais, personnel et affectueux, retraçant quarante ans de carrière : ses débuts aux côtés de River Phoenix, la révélation du Cercle des poètes disparus auprès de Peter Weir et Robin Williams, sa collaboration avec Denzel Washington sur Training Day, avec Philip Seymour Hoffman, et surtout ses neuf films avec Richard Linklater, de la trilogie Before à Boyhood jusqu’à Blue Moon, qui lui vaudra une nomination aux Oscars. S’adressant directement à lui, l’actrice a évoqué leur propre collaboration sur le tournage français de La Vérité de Hirokazu Kore-eda, avant de rapporter un conseil que lui avait donné Denzel Washington des années plus tôt sur le sens du mérite. Un montage retraçant les grands moments de sa filmographie a ensuite défilé à l’écran, de Gattaca à First Reformed en passant par Training Day, The Black Phone et Boyhood.

Juliette Binoche & Ethan Hawke par Geoffroy Cretien©
Juliette Binoche & Ethan Hawke par Geoffroy Cretien©

Acclamé sur les notes de Blue Moon, dans la version enregistrée par Rod Stewart et Eric Clapton, Ethan Hawke est monté sur scène pour venir chercher son Deauville Talent Award, une création exclusive de la cristallerie Daum inspirée des célèbres parasols des planches de Deauville. L’acteur américain a livré un discours généreux et personnel, rendant d’abord hommage à Richard Linklater et à sa propre productrice et épouse. Il a évoqué avec émotion sa première montée des marches à Deauville vingt ans plus tôt, alors âgé de vingt ans à peine. Il défilait aux côtés d’un chien-loup croisé husky, prénommé Jed, avec lequel il avait pris l’habitude de répéter ses textes à l’époque, et qu’il a décrit comme son véritable premier professeur de jeu : lorsqu’il répétait ses textes devant lui, l’animal, pour ne pas se mettre à chercher du regard un interlocuteur imaginaire, l’obligeait à être pleinement sincère plutôt qu’à réciter. Il a poursuivi en évoquant l’acteur Seymour Cassell, qui lui avait fait découvrir le cinéma de Cassavetes, avant une réflexion sur la difficulté d’être américain aujourd’hui et un hommage à Dolly Parton, Gloria Steinem et Wendell Berry, récemment disparus. Il a terminé en présentant sa fille de 15 ans, Indiana, présente à ses côtés sur le tapis rouge.

Ethan Hawke & Genie Godula par Geoffroy Cretien©
Ethan Hawke & Genie Godula par Geoffroy Cretien©

Place au film d’ouverture
L’acteur a ensuite invité sur scène l’équipe des Contrebandiers, film d’ouverture dans lequel il donne la réplique à Russell Crowe. Le réalisateur du film, Padraic McKinley, a raconté avoir découvert Le Cercle des poètes disparus à treize ans grâce à son oncle monteur, expérience qui avait changé sa vie et l’avait mené, des décennies plus tard, à tourner avec celui qui l’avait inspiré. La cérémonie s’est achevée sur les remerciements au distributeur SND avant le lancement de la projection.

Austin Amelio, Padraic McKinley, Ethan Hawke, Julia Jones & Ryan Hawke par Geoffroy Cretien©
Austin Amelio, Padraic McKinley, Ethan Hawke, Julia Jones & Ryan Hawke par Geoffroy Cretien©

Avec cette soirée d’ouverture mêlant transmission, hommages et éclat hollywoodien, le Festival du Cinéma Américain de Deauville lance sept jours de compétition qui verront également Brendan Fraser, Susan Sarandon et Faye Dunaway célébrés, jusqu’au palmarès du 12 septembre.