Deauville 2026 : la compétition démarre en fanfare, entre hommages et premiers prix

Tapis rouge du 52e Festival du Cinéma Américain de Deauville par Geoffroy Cretien©
Tapis rouge du 52e Festival du Cinéma Américain de Deauville par Geoffroy Cretien©

Samedi 5 septembre 2026, la 52ᵉ édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville est entrée dans le vif du sujet. Vingt-quatre heures après la soirée d’ouverture, cette première vraie journée de compétition a été rythmée par deux hommages sur les planches dès le matin, avant de se conclure au Centre International de Deauville par la remise de deux distinctions.

Deux stars honorées dès le matin
Chaque année, la tradition veut que les invités d’honneur du festival inaugurent une cabine de plage à leur nom sur les célèbres planches de Deauville, aux côtés de celles des grandes figures qui ont marqué les éditions précédentes. Dès 11h30, Ethan Hawke s’est prêté à l’exercice, au lendemain de la cérémonie d’ouverture où il avait reçu son Deauville Talent Award, récompense qui distingue une carrière confirmée du cinéma américain.
Brendan Fraser lui a emboîté le pas en dévoilant à son tour sa cabine, avant de recevoir en fin de journée ce même Talent Award, juste avant l’avant-première de Pressure, le film de guerre d’Anthony Maras dans lequel l’acteur incarne le général Eisenhower aux côtés d’Andrew Scott.

La compétition s’ouvre avec Queen at Sea et Everybody Digs Bill Evans
Entre ces deux temps forts, la compétition officielle a véritablement pris son envol avec la projection des deux premiers des treize films en lice pour le Grand Prix, devant le jury présidé par Roschdy Zem. Le matin était réservé à Queen at Sea, de Lance Hammer, qui retrouve les planches dix-huit ans après Ballast. Porté par Juliette Binoche, Tom Courtenay et Anna Calder-Marshall, le film suit une femme confrontée à la démence de sa mère ; déjà distingué à la Berlinale par le Prix du jury et le Prix d’interprétation pour ses deux acteurs britanniques, il faisait sa première française à Deauville.

Lance Hammer & Juliette Binoche par Geoffroy Cretien©
Lance Hammer & Juliette Binoche par Geoffroy Cretien©

L’après-midi a été consacré à Everybody Digs Bill Evans, signé Grant Gee, habitué du documentaire musical. Tourné en grande partie en noir et blanc, ce portrait du légendaire pianiste de jazz, lui aussi remarqué à Berlin, a offert un contrepoint plus contemplatif à la compétition, entre archives et évocation de la scène jazz américaine.

Nouvelle récompense : le Prix des voyageurs Air France
La soirée s’est ouverte sur la création d’une distinction inédite : le Prix des voyageurs Air France. Fabien Pelous, directeur général adjoint en charge de l’expérience client de la compagnie, en a expliqué le principe : une sélection de films embarqués lors de l’édition précédente du festival, départagés selon « l’engagement client », soit la combinaison du nombre de vues et du temps de visionnage à bord. Le tout premier lauréat de ce prix est Vie privée, de Rebecca Zlotowski, présenté en clôture à Deauville l’an dernier.

Une employée Air France, Fabien Pelous et Rebecca Zlotowski par Geoffroy Cretien©
Une employée Air France, Fabien Pelous et Rebecca Zlotowski par Geoffroy Cretien©

Enchantée, la réalisatrice a livré un discours aussi drôle que personnel. Elle a d’abord plaisanté sur les critiques de certains « amis cinéastes fétichistes du format », qui lui reprochent d’accepter de voir son film recadré pour les écrans d’avion, quand d’autres l’accusent presque de se rendre complice d’une industrie polluante. Elle leur a répondu à sa manière, racontant avec autodérision ses nuits à arpenter en chaussettes les allées des long-courriers pour observer, à la dérobée, le visage des spectateurs tombant par hasard sur son film, un fantasme de cinéaste qu’elle a comparé à celui d’un romancier surprenant sa lectrice dans le métro. Elle a également révélé, mi-sérieuse mi-amusée, qu’il lui restait quelques miles à parcourir avant la fin du mois d’octobre pour conserver son statut fidélité, avant de conclure sur le vœu humoristique de lancer un jour un véritable « festival de films d’avion », où chacun regarderait un film sur son propre écran, réuni malgré tout dans une même traversée collective.

Rebecca Zlotowski par Geoffroy Cretien©
Rebecca Zlotowski par Geoffroy Cretien©

Sophie Thatcher, nouveau visage du Prix Nouvel Hollywood
Le festival a ensuite remis son Prix Nouvel Hollywood, qui distingue chaque année un jeune talent prometteur et avait précédemment récompensé Ryan Gosling, Jessica Chastain ou encore Mikey Madison. Cette année, c’est Sophie Thatcher qui a été mise à l’honneur, remarquée dans la série Yellowjackets puis dans Hérétique aux côtés de Hugh Grant, et aujourd’hui à l’affiche de Her Private Hell, le nouveau film de Nicolas Winding Refn. C’est justement le réalisateur danois qui lui a remis le prix, avec un discours à la fois tendre et décalé. Se présentant comme une sorte de figure paternelle bienveillante à son égard, il a évoqué la proximité de l’actrice avec ses propres filles, plaisantant sur le fait qu’elle partage sa localisation avec l’une d’elles, avant de promettre de toujours la protéger de la tentation de « devenir normale », et d’assurer que, s’il le fallait, il saurait toujours la retrouver.

Nicolas Winding Refn par Geoffroy Cretien©
Nicolas Winding Refn par Geoffroy Cretien©

Manifestement émue, Sophie Thatcher a livré à son tour un discours de remerciement empreint de gravité et de gratitude, décrivant l’expérience comme un immense honneur. Elle a raconté avoir découvert le cinéma français dès l’enfance, citant notamment Les Parapluies de Cherbourg, avant d’évoquer l’influence décisive de cinéastes comme Jacques Rivette et Agnès Varda, dont le rapport singulier au scénario lui a donné, selon ses mots, un sentiment de liberté et de rébellion. Elle a ensuite remercié son équipe, sa mère qui l’a longtemps conduite à ses auditions et répétitions, sa sœur pour son inspiration créative, ainsi que Nicolas Winding Refn pour sa confiance, saluant enfin le maire de Deauville, Philippe Augier, et la directrice générale du festival, Aude Hesbert.

Sophie Tatcher par Geoffroy Cretien©
Sophie Tatcher par Geoffroy Cretien©

La soirée s’est achevée par une séance photo réunissant les deux artistes sur scène, avant la projection de L’Invitation, comédie grinçante d’Olivia Wilde portée par Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton, où un dîner entre voisins tourne au règlement de comptes conjugal.

Her Private Hell, le film de Nicolas Winding Refn dans lequel joue Sophie Thatcher, était pour sa part programmé plus tard dans la soirée, à l’attention des couche-tard du festival. Présenté hors compétition à Cannes en mai dernier, ce thriller onirique marque le retour du cinéaste danois dix ans après The Neon Demon : dans une métropole futuriste engloutie par une brume mortelle, une jeune femme incarnée par Sophie Thatcher part à la recherche de son père. Nicolas Winding Refn a confié avoir conçu le projet après avoir frôlé la mort, à la suite d’une grave insuffisance cardiaque.

Sophie Tatcher & Nicolas Winding Refn par Geoffroy Cretien©
Sophie Tatcher & Nicolas Winding Refn par Geoffroy Cretien©

Le Festival du Cinéma Américain de Deauville se poursuit jusqu’au 13 septembre, avec treize films en compétition pour le Grand Prix, dont six premières œuvres.