FESTIVAL OFF AVIGNON : « DOUZE »

Affiche "Douze"
Affiche "Douze"

Sur scène, un homme, une guitare et une contrainte d’écriture qui pourrait sembler vertigineuse : parler exclusivement en alexandrins. Avec Douze, Jean-Pierre Brouillaud relève un pari singulier : faire de l’un des vers les plus emblématiques de la langue française non seulement un outil d’expression, mais le véritable sujet du spectacle. Le résultat est une proposition à la fois poétique, ludique et étonnamment contemporaine, qui redonne à l’alexandrin une vitalité que l’on croyait réservée aux salles de classe ou aux grandes tragédies classiques.

Que se passerait-il si nous parlions tous en vers de douze pieds ? Commander un café, débattre d’un sujet politique ou déclarer sa flamme deviendraient alors des actes teintés d’une musicalité nouvelle. À travers cette idée, Jean-Pierre Brouillaud explore les ressources comiques et poétiques de l’alexandrin, tout en interrogeant notre rapport au langage et à la communication quotidienne.

L’écriture repose sur un équilibre particulièrement réussi entre exigence formelle et légèreté. Loin de chercher à rivaliser avec les grandes figures du théâtre classique, l’auteur choisit de détourner les codes associés à l’alexandrin pour les mettre au service de situations banales et contemporaines. C’est précisément dans cette confrontation entre la grandeur supposée du vers et la trivialité du quotidien que naît l’humour. 

Mais le spectacle ne se limite pas à un exercice de style. Derrière la virtuosité de l’écriture se dessine une véritable réflexion sur la place de la poésie dans nos vies, Jean-Pierre Brouillaud imagine un monde où l’on prendrait le temps de peser chaque syllabe,  et l’alexandrin deviendrait alors une invitation à ralentir, à écouter et à redécouvrir le plaisir de la langue.

Aussi, les interventions à la guitare et les passages chantés viennent ponctuer le récit avec naturel, renforçant encore cette impression de fluidité que l’on n’associe pas spontanément à une forme aussi codifiée. Le spectateur se laisse progressivement entraîner dans cet univers où la poésie surgit des situations les plus ordinaires.

Grâce à son humour, la contrainte formelle devient rapidement un moteur de jeu et de créativité.

Jean-Pierre Brouillaud réussit ainsi le tour de force de rendre l’alexandrin vivant, drôle et profondément accessible. Entre conférence poétique, performance théâtrale et déclaration d’amour à la langue française, Douze rappelle que la poésie n’est pas seulement l’affaire des livres : elle peut aussi s’inviter dans les gestes les plus simples du quotidien.

Du 4 au 25 juillet 2026 (relâche les jeudis 9, 16 et 23 juillet)
Horaire : 14h
Lieu : La Maison de la Parole, 7 rue Prévôt, Avignon
Durée : 1h05
Genre : Seul en scène – Monologue Humoristique