[LIVE REPORT] The Cure aux Arènes de Nîmes : Trois nuits de communion sous les étoiles gardoises

Robert Smith aux Arènes de Nîmes par Geoffroy Cretien©
Robert Smith aux Arènes de Nîmes par Geoffroy Cretien©

Vingt-huit ans après leur unique passage de 1998, Robert Smith et sa troupe retrouvaient enfin l’amphithéâtre romain, cette fois pour une véritable résidence nîmoise de trois soirs, étape phare de leur tournée estivale des festivals européens, le Summer Festival Tour 2026. Deux dates étaient initialement prévues, les 24 et 25 juillet ; face à l’affluence, elles se sont vendues intégralement en un rien de temps, et une troisième soirée a dû être ajoutée le dimanche 26 juillet. Les trois dates affichaient complet, avec entre 11 500 et 13 800 spectateurs attendus chaque soir selon les sources, preuve, s’il en fallait, que le groupe reste un pilier incontournable de la scène rock alternative près de cinq décennies après sa formation à Crawley. Portes ouvertes à 17h30, début de soirée à 19h avec And Also The Trees et Zélie Zéphyr en premières parties, puis The Cure lui-même sur scène à 21h30 pour deux heures et demie de concert.

L’ambiance : une grand-messe curiste
Sous un ciel gardois embrasé par la canicule de fin juillet, les Arènes ont vécu trois cérémonies quasi mystiques. Le public, mélange de fans historiques et de générations plus jeunes venues découvrir le groupe en live, s’est retrouvé plongé dans une bulle de communion totale avec Robert Smith et ses musiciens, porté notamment par Songs Of A Lost World, sorti en novembre 2024 après seize longues années d’attente depuis leur précédent album studio, et unanimement salué comme l’un des sommets de leur discographie.

Chaque soir, le set déployait une dynamique en montagnes russes émotionnelles : tension hypnotique, plages de pure mélancolie, puis explosion de joie collective. Deux séquences de rappel structuraient systématiquement la fin de concert :

  • Le premier rappel, sombre et suspendu, où l’intensité culminait autour de titres comme Faith ou It Can Never Be the Same ;
  • Le second rappel, à l’inverse, tournait à la fête pop pure. Robert Smith y lâchait la bride, esquissant ses pas de danse désormais légendaires dans une proximité chaleureuse avec la foule.

Quelques instants ont particulièrement marqué le week-end : le fils du batteur Jason Cooper est monté sur scène au saxophone le temps d’un A Night Like This, et Simon Gallup a notamment glissé, malicieux, la ligne de basse de The Holy Hour en conclusion de A Forest.

Affiches des concerts de Nîmes par Daniel Danger©
Affiches des concerts de Nîmes par Daniel Danger©

Trois soirs, trois couleurs
Sur les trente titres joués chaque soir, vingt-cinq restaient fixes d’un concert à l’autre, à savoir le squelette du set, l’ouverture sur Alone, la grande triade finale A Forest / From the Edge of the Deep Green Sea / Endsong, le premier rappel sombre autour de Faith, la conclusion sur Boys Don’t Cry. Mais dans les interstices, le groupe glissait cinq titres différents chaque soir, comme cinq petits cadeaux réservés à ceux qui avaient fait le déplacement plusieurs jours de suite.

Vendredi 24 juillet : soirée aux sonorités plus modernes et puissantes, avec des titres comme alt.end, Want, Secrets ou le très émouvant Treasure (issu de Wild Mood Swings). Surprise du second rappel : un Hot Hot Hot!!! cuivré et groovy.

Samedi 25 juillet : la soirée de la grande rareté, avec l’apparition du joyau In Your House (tiré de Seventeen Seconds), complétée par l’énergie de Never Enough et Primary, et la mélancolie de Last Day of Summer. Surprise du second rappel : la parenthèse solaire de Mint Car.

Dimanche 26 juillet : retour aux sources punk et post-punk des débuts, avec Three Imaginary Boys, le sublime Charlotte Sometimes, et les poignants Trust et Shake Dog Shake. Surprise du second rappel : l’irrésistible Let’s Go To Bed.

Et sur ces trente titres, soir après soir, une seule évidence : la voix de Robert Smith n’a rien perdu. Ni la puissance, ni le grain si particulier, ni cette fragilité qui donne aux ballades leur bouleversante intensité. À 67 ans, il chante Lovesong ou Faith avec la même justesse qu’il y a quarante ans, et c’est peut-être ça, plus que les raretés distillées au fil du week-end, le vrai frisson de ces trois soirs : The Cure ne déçoit jamais.

Robert Smith aux Arènes de Nîmes par Geoffroy Cretien©
Robert Smith aux Arènes de Nîmes par Geoffroy Cretien©

Et après Nîmes ?
Le groupe poursuit sa route sur les scènes françaises cet été : direction le Festival Pagaille à Bordeaux le 28 août, puis Rock en Seine à Saint-Cloud le 30 août, où The Cure headline la soirée de clôture, et referme du même coup son Summer Festival Tour 2026. Deux occasions de plus, avant la fin de l’été, de retrouver le groupe sur scène en France.

En conclusion
Au-delà de l’évènement, ce sont surtout la majesté du lieu et la générosité d’un groupe hors norme qui resteront gravées dans les mémoires nîmoises. Vingt-huit ans après leur premier passage, The Cure a prouvé que sa capacité à faire vibrer une arène romaine de dix mille personnes, entre gravité et allégresse pure, est toujours là. Il y a quelque chose de touchant à voir un groupe de cet âge tenir encore la scène avec une telle grâce et de savoir que ça ne durera pas éternellement. Robert Smith l’a confié lui-même : il aimerait poser la guitare à 70 ans, en 2029. Une date qui ne doit rien au hasard, puisqu’elle coïncidera presque avec les cinquante ans du groupe. Alors chaque soirée comme celles de Nîmes prend une saveur particulière : ni nostalgie ni urgence, juste la conscience tranquille d’assister à quelque chose qui, un jour, prendra fin et qu’il vaut mieux vivre pleinement pendant qu’il est encore temps.