[Interview] Sayyid El Alami

Sayyid El Alami par François Berthier©
Sayyid El Alami par François Berthier©

À 27 ans, Sayyid El Alami incarne déjà le renouveau du jeune cinéma français. Acteur franco-marocain révélé notamment par son rôle intense dans La Pampa en 2024 à la Semaine de la Critique de Cannes, il fait cette année son retour sur la Croisette au sein du prestigieux programme « 10 to Watch » d’Unifrance. Du rôle de Malik Oussekine dans la mini-série événement d’Antoine Chevrollier à son apparition remarquée dans Messiah sur Netflix, en passant par Leurs enfants après eux (Venise 2024), Sayyid El Alami construit une filmographie cohérente, où se mêlent engagement politique, exploration des masculinités contemporaines et quête d’authenticité. À l’occasion de son retour à Cannes au sein des « 10 to Watch » d’Unifrance, nous l’avons rencontré pour évoquer son travail d’acteur et sa cinéphilie.


Que ressent-on lorsqu’on est sélectionné dans les « 10 To Watch » d’Unifrance ?
C’est vraiment gratifiant, surtout quand on voit qui sont les autres talents sélectionnés. On sent que ces personnes regardent énormément de films, rencontrent beaucoup d’artistes et ont un vrai œil sur les talents émergents. Être parmi eux me touche particulièrement, parce que j’aime sincèrement le travail de tous ceux qui sont là.

Cette reconnaissance de « carrière à suivre » vous rassure-t-elle dans un métier que vous exercez depuis plusieurs années ?
Ça fait quelques années que je suis dans ce métier, donc j’en connais à la fois la violence et la beauté. C’est génial d’avoir cette visibilité, mais en même temps, je sais que ça ne veut pas dire grand-chose sur le long terme. Il faut continuer à travailler, à prouver, à se nourrir artistiquement. C’est un processus continuel.

Sayyid El Alami par François Berthier©
Sayyid El Alami par François Berthier©

Vous avez eu envie de faire ce métier très jeune. Qu’est-ce qui vous a attiré au départ ?
Très tôt, oui. Je suis tombé par hasard sur des making-of, notamment ceux de La Tour Montparnasse Infernale et de la série H. Je voyais des gens qui riaient, qui s’amusaient sur un plateau, et j’avais envie de faire pareil. Ensuite, j’ai compris que ce métier permettait de découvrir énormément de choses, de voyager, d’ouvrir des portes vers un milliard de mondes. J’ai commencé par le jeu d’acteur, mais j’ai autant envie d’écrire que de réaliser.

Vous semblez vous intéresser beaucoup aux autres métiers du cinéma, comme la décoration ou les costumes. D’où vient cette implication ?
Oui, la déco, les costumes… Même en tant qu’acteur, je fais souvent des propositions qui vont au-delà de mon seul personnage. Tout passe par ces détails-là. Je suis très impliqué, parfois trop (rires). Évidemment, je me tais quand je suis face à quelqu’un de très précis et millimétré qui maîtrise parfaitement son domaine. Un film, c’est une œuvre collective. C’est comme une équipe de foot : si le défenseur est mauvais, tout le monde prend un but. Le film entier doit briller, pas seulement un seul élément. Je ne m’immisce pas dans la réalisation ou le jeu des autres, mais je donne mon avis quand je le sens.

Avec quel réalisateur vous êtes-vous senti particulièrement en phase pendant un tournage ?
Je suis vraiment sur la même longueur d’onde qu’Antoine Chevrollier, avec qui j’ai fait La Pampa et la série Oussekine. C’est pour ça qu’on s’entend si bien. Quand je suis avec lui, je n’ai presque rien à faire : je suis assis et il parle à ma place ! C’est mon âme-sœur de cinéma. On va d’ailleurs retravailler ensemble sur un long métrage. Il est souvent plus dur que moi dans ses jugements sur les films, mais on partage exactement la même sensibilité.

Sayyid El Alami par François Berthier©
Sayyid El Alami par François Berthier©

Vous est-il déjà arrivé de tourner dans des projets où le résultat final ne vous satisfaisait pas complètement ?
Il y a tellement d’argent en jeu, de temps investi et de gens qui se donnent à fond qu’il faut aller au bout des choses. On a une chance folle de faire ce métier. Je n’ai pas fait des tonnes de projets, mais j’ai déjà vécu des situations où je sentais un manque de travail, que ce soit chez les autres ou chez moi. Je le sais tout de suite quand je n’ai pas assez bossé. J’ai une exigence très forte envers les autres, mais exactement la même envers moi-même. Je ne m’exempte pas de cette violence psychologique que je peux avoir vis-à-vis de mon propre travail.

Êtes-vous un grand cinéphile ?
Oui, ça m’est venu très tôt, mais depuis que je fais du cinéma, j’y prends un peu moins de plaisir. Je suis aujourd’hui bien plus passionné par les documentaires que par les films de fiction. Ce qui me touche vraiment, c’est le cinéma du réel, celui où on ne fait plus la différence entre fiction et réalité.

Sayyid El Alami par François Berthier©
Sayyid El Alami par François Berthier©

Avez-vous des exemples de films ou de réalisateurs qui incarnent cette vérité ?
Marriage Story avec Adam Driver et Scarlett Johansson, par exemple : quand on les voit jouer, c’est d’une justesse folle. C’est la même chose avec les films de Maïwenn, d’Emmanuelle Bercot ou de Leos Carax, qui sont tous empreints d’une grande vérité. La réalité m’intéresse profondément. Si je devais réaliser un jour, ce serait ce genre de cinéma que j’aurais envie de faire.

On vous a parfois comparé à d’autres acteurs. Certaines comparaisons vous ont-elles particulièrement touché ?
Oui. On m’a comparé à Tahar Rahim, et ça me touche bien au-delà du cinéma. Humainement, c’est quelqu’un d’incroyable : bienveillant, respectueux, d’une grande humanité et d’une intelligence émotionnelle folle. On m’a aussi comparé à Gaspard Ulliel, que j’admire énormément, donc je le prends très bien aussi.