[Interview] Félix Kysyl

Félix Kysyl par François Berthier©
Félix Kysyl par François Berthier©

Issu de parents comédiens et d’une formation au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, Félix Kysyl a rapidement démontré une sensibilité et une intensité de jeu qui le démarquent. Son apprentissage théâtral lui confère une aisance scénique et une capacité à incarner des personnages complexes avec une authenticité saisissante dans des univers narratifs exigeants.

Ses premiers pas au cinéma incluent des apparitions dans des courts-métrages et des rôles secondaires, mais c’est avec MISÉRICORDE d’Alain Guiraudie, sélectionné dans la catégorie Cannes Première au Festival de Cannes 2024, qu’il a véritablement attiré l’attention du public et des critiques, décrochant notamment une nomination pour le César 2025 de la Meilleure révélation masculine.

Cette année, il revient à Cannes dans le cadre de sa participation à QUI BRILLE AU COMBAT, le premier long métrage de l’actrice Joséphine Japy, présenté en Séance Spéciale. Ce drame intime, inspiré de l’histoire personnelle de la réalisatrice, met en lumière la résilience d’une famille confrontée au handicap sévère de Bertille, la plus jeune des deux sœurs du foyer. Félix Kysyl y incarne Thomas, un homme toxique qui croise la route de Marion, la sœur aînée qui tente de se construire en marge du fragile équilibre familial.

En attendant de le retrouver prochainement en Jean Moulin dans la superproduction DE GAULLE d’Antonin Baudry, Félix Kysyl a accepté de répondre à quelques questions sur son métier, de partager ses impressions de tournages et son rapport au Festival de Cannes. Une rencontre charismatique, immortalisée par l’objectif affûté du photographe François Berthier.

Le métier d’acteur est-il un choix évident quand on a des parents comédiens ?
Non. Jusqu’à mes 18 ans, donc très tard, je voulais ne surtout pas faire ça. On me demandait « Qu’est-ce que tu feras plus tard ? Tu vas faire comme tes parents ? » et non, je ne voulais pas. Puis, je crois que ça m’a rattrapé quand j’ai joué dans le court-métrage d’école d’un pote. J’y ai pris tellement de plaisir que je me suis dit que c’est ça qui m’amuse. J’étais un peu tombé dans la marmite en étant petit, donc il y avait aussi quelque chose d’assez familier dans cette vie-là. Je n’ai pas fait de rupture avec ma famille, bien au contraire, et c’est hyper joyeux. Je peux en parler avec mes parents qui me comprennent et me soutiennent vachement. Ils sont hyper derrière moi.

Beaucoup de parents comédiens tentent justement d’éviter à leurs enfants le même choix de carrière pour les protéger. Les vôtres ont-il essayé ?
Pas du tout ! Ils m’ont soutenu assez rapidement. Je crois qu’aucun des deux n’a été étonné par mon choix. Ils ont trouvé ça assez logique et ils étaient derrière moi dès le début. Ils sont venus me voir jouer au théâtre assez tôt. Petit à petit, ils étaient de plus en plus rassurés du fait que c’était le bon endroit pour moi. Puis, ils m’ont surtout laissé très libre. Ils me donnent des conseils. On peut travailler, on peut parler ensemble de plein de choses. Ils ont vachement confiance en moi.

Et vous, avez-vous cette même confiance en vous ?
Ça dépend des moments, en fait. Je pense qu’on a toujours des moments de « Est-ce que je suis légitime ? ». Après, on travaille à cette chose-là, et quand on est fier de notre travail, là, on a confiance en nous. Oui, quand je suis fier de mon travail, j’ai confiance en moi.

Félix Kysyl par François Berthier©
Félix Kysyl par François Berthier©

Votre nomination au César 2025 de la Meilleure révélation masculine a-t-elle appuyé cette légitimité ?
Oui. Il y a aussi beaucoup de gens qui me font confiance, donc c’est aussi très joyeux pour moi, très agréable. La confiance est là et surtout le plaisir. La confiance est un peu liée au plaisir, finalement.

Cela fait quoi d’être révélé au grand public par un premier rôle au cinéma quand on fait ce métier depuis bien plus longtemps ?
Ça fait toujours plaisir parce que c’est un immense coup de projecteur. C’est vrai qu’avant, je faisais beaucoup de théâtre, et je faisais partie de l’immense majorité d’acteurs qui travaillent bien mais qui n’ont pas forcément le coup de projecteur, qui travaillent dans l’ombre, à faire de belles choses pour des spectateurs. Sur le nombre de comédiens qui travaillent beaucoup, finalement, il y en a très peu qui sont très connus. Moi, ça me fait plaisir d’avoir ce coup de projecteur car ça amène aussi des projets que j’aime. On peut faire plus de choix et être plus facilement dans une ligne de goût. Ça ramène un peu de sérénité par rapport aux choix qu’on fait.

Considérez-vous le film MISÉRICORDE comme le tournant de votre carrière ?
MISÉRICORDE, c’est le game changer, oui (rires). C’est ce qui a fait tout basculer. Il y a eu le succès du film, et il y a eu aussi la pâte Guiraudie qui fait souvent naître des acteurs. Il y a quand-même cette aura en plus de la nomination aux César, et tout ça donne vraiment des coups de projecteurs.

Aviez-vous le sentiment de participer à un projet qui allait autant compter au moment du tournage de MISÉRICORDE ?
On y pense, oui. Alain Guiraudie, c’est quelqu’un que je connaissais d’avant. Je connaissais aussi ses films. Il a quand-même toujours un beau succès d’estime, c’est quelqu’un de très respecté. Je sentais qu’il avait confiance en son film et qu’il savait ce qu’il faisait, ce qui était hyper agréable. On ne sait jamais si un film va être un succès, s’il va être à la hauteur de ce qu’on voulait faire à la base. Sur ce film, moi, je me suis absolument concentré sur le plaisir que j’avais. C’est assez rare, mais à chaque jour de tournage, je savais que j’étais heureux d’instant en instant.

Ce tournage a-t-il été laborieux de par l’atmosphère du récit ou le nombre de prises ?
Alain Guiraudie ne fait pas beaucoup de prises et finalement, c’était assez simple à tourner. MISÉRICORDE peut avoir une ambiance très bizarre qui peut être un peu dérangeante, mais on a fait ce film de manière très saine en faisant énormément de blagues. Alain Guiraudie, c’est quelqu’un qui a énormément d’humour et qui fait des blagues toute la journée sur le plateau, donc ça détend et tout le monde est trop content de travailler. Il est troublant par sa simplicité aussi. Il est simple, donc il travaille aussi simplement. Il fait de très belles choses de manière très simple.

Félix Kysyl par François Berthier©
Félix Kysyl par François Berthier©

Vous revenez à Cannes cette année avec QUI BRILLE AU COMBAT de Joséphine Japy. Quand avez-vous découvert le film fini ?
Je l’ai découvert hier, à la projection officielle.

Vous n’aviez pas exigé de voir le film avant Cannes ?
Je peux avoir des exigences, mais non. C’est un film tellement sensible que je laisse un peu Joséphine Japy décider de ce qui est bon pour elle, de comment elle a envie de le gérer. Moi, je la suis quand elle a envie que je sois là, quand elle a besoin de moi et je suis très délicat avec ça. En termes de timing, ça s’est fait comme ça. Les actrices l’ont vu avant en tant que rôles principaux. Pour moi, ce n’était pas absolument nécessaire. En même temps, je n’avais jamais découvert un film dans lequel je joue à Cannes, alors j’étais content de le découvrir de cette manière là. Je n’ai pas vraiment de règles et ça ne m’arrive pas tous les quatre matins non plus (rires).

Qu’est-ce qui vous a séduit à la lecture du scénario de ce film ?
C’est la sensibilité. Je l’ai trouvé tout de suite très beau, très sensible, très élégant aussi pour parler de la maladie et de comment une famille la gère. C’est une histoire de famille avant tout et je trouve ça toujours très beau, les films de famille qui parlent de difficultés dans la famille, mais qui montrent que la famille est aussi assez forte et soudée pour que ses membres arrivent à être ensemble.

Dans ce film, vous incarnez Thomas, un garçon toxique. Comment avez-vous abordé ce personnage néfaste ?
Mon personnage, je le trouvais très bien écrit. C’est toujours nécessaire de montrer ces personnes toxiques et il faut bien que quelqu’un les joue. C’est très rare, mais il y a eu des moments où je le détestais, il y avait des journées éreintantes quand on jouait de la violence. C’est quelque chose qui me dérangeait énormément et, en même temps, ces mecs-là, ils courent les rues, on pourrait dire qu’ils sont partout, donc il faut les jouer, il faut les représenter. On a tous croisé un Thomas et, je pense que toutes nos potes meufs ont une histoire à raconter avec un gars comme ça, égocentrique, hyper malsain, hyper toxique, hyper égoïste… Il est cliché parce qu’il est vrai. Avec Josephine Japy, on le voulait le plus juste possible, que ce soit vraiment une vérité et pas une caricature. J’espère que je l’ai retranscrit avec de la justesse.

Félix Kysyl par François Berthier©
Félix Kysyl par François Berthier©

Qu’est-ce qui change pour vous dans le fait d’être dirigé par une actrice derrière la caméra ?
Dans la direction d’acteurs, c’est super ! Joséphine Japy est une personne très délicate donc, de fait, sa direction d’acteurs et l’ambiance sur son plateau sont très délicates. Elle sait forcément parler aux acteurs et aux actrices, vu que c’est une actrice elle-même. C’est hyper agréable. Elle travaille beaucoup le jeu parce qu’elle sait que c’est très important. Elle est dans l’incarnation de chaque situation. J’avais aussi déjà été mis en scène par des acteurs au théâtre, et c’est vrai qu’on voit la différence parce qu’il y a une place très importante pour le jeu et l’incarnation. On sait qu’on est bien regardé sur le jeu. On a l’impression de faire partie de la même famille, on a le même vocabulaire et c’est assez chouette.

Ce film vous amène à Cannes pour la deuxième année consécutive. Que représente pour vous le Festival de Cannes ?
Ce festival a toujours représenté les paillettes, le cinéma et l’âge d’or hollywoodien. Le fait d’y participer est très émouvant. Il y a une ambiance hyper particulière, c’est comme être dans un autre monde quand on est ici. J’aime beaucoup être là.

Peut-être reviendrez-vous l’année prochaine avec le très attendu diptyque DE GAULLE, réalisé par Antonin Baudry. Quel est votre personnage dans cette grosse production ?
Je joue un personnage moins toxique cette fois (rires). J’ai fait pas mal de personnages troubles mais là, je joue Jean Moulin, un personnage héroïque, dans la légende qui en est restée, pas trouble sur son devoir, ni sur sa loyauté et qu’on n’a pas de mal à aimer pour tout ce qu’il a fait pour la Résistance et pour la France. C’était chouette ! C’est un personnage qui me suit énormément et qui me suivra pendant très longtemps, je pense, parce que je me suis beaucoup plongé dans sa vie en lisant énormément de choses. J’ai notamment fait des allers-retours à Lyon juste pour m’imprégner des lieux où il était en visitant toutes les adresses connues. Une grosse préparation à découvrir l’année prochaine et j’ai hâte de voir ça.