« Daughter from Hell » de Gracie Abrams : sortir de l’ombre de Taylor Swift, enfin !

Pochette de l'album "Daughter From Hell" de Gracie Abrams par Julie Greve©
Pochette de l'album "Daughter From Hell" de Gracie Abrams par Julie Greve©

Il y avait un risque avec ce troisième album. Après The Secret of Us, porté par la présence tutélaire de Taylor Swift et le supplément d’âme d’Aaron Dessner, Gracie Abrams pouvait facilement s’enfermer dans la case « protégée qui écrit bien mais reste dans l’ombre ». Daughter from Hell, sorti le 17 juillet, prouve le contraire et pas qu’un peu.

Le titre claque comme un aveu. Dans la chanson éponyme, Gracie Abrams revient sur son adolescence difficile et sa relation avec sa mère, avec cette ligne qui résume tout l’album : elle a été la fille de l’enfer, mais elle est revenue, elle essaie de devenir sa mère maintenant. C’est le genre de phrase qui pourrait sonner comme un cliché de thérapie chez n’importe qui d’autre. Chez elle, ça tient, parce que tout l’album est construit sur cette tension entre l’auto-destruction adolescente et une forme de sagesse qui arrive, mal à l’aise, vers la mi-vingtaine.

Musicalement, on retrouve la patte Dessner avec ces nappes de guitare feutrées et cette production qui préfère la texture à l’éclat, mais Hit the Wall, le single d’ouverture, surprend par son virage synth-pop, plus nerveux que tout ce qu’elle avait tenté jusqu’ici. C’est un pari qui paie : ça évite à l’album de se noyer dans le folk-pop chuchoté qui a fait sa réputation et qui, avouons-le, commençait à sentir la formule.

Les seize titres ne se valent pas tous. Minibar et Sober flirtent avec le remplissage, des ébauches d’émotion plutôt que des chansons abouties. Mais quand ça touche juste avec Death Wish et Cold Goodbyes, ou ce duo inattendu avec Marcus Mumford sur What If It’s Right ?, Gracie Abrams montre qu’elle sait faire de la vulnérabilité sans la transformer en performance, ne cherchant plus à convaincre qu’elle mérite sa place.

Ce n’est pas l’album qui la fera basculer dans une autre dimension commerciale. Mais c’est celui qui confirme qu’elle a quelque chose à dire au-delà du name-dropping et des featurings prestigieux.

Note : 7/10