RTL2 Pop-Rock Live au Trianon : une nuit de chansons, de surprises et de grâce
Vendredi 9 octobre 2026. Vanessa Paradis, Zazie, Pierre de Maere et Marguerite, avec Eddy de Pretto et Charlotte Cardin en invités inattendus, ont fait vibrer la salle parisienne du Trianon pendant plus de trois heures. Pour lancer sa saison de Pop-Rock Live, RTL2 avait composé une affiche à l’image de la pop française : des figures installées, des révélations récentes, et la promesse de faire dialoguer classiques et nouveautés. Devant 1 000 auditeurs privilégiés, la soirée a tenu parole.

20h09 : Marguerite ouvre le bal
Après une introduction collective menée par les animateurs de la station, c’est à Marguerite qu’échoit la mission d’allumer la première étincelle. Révélée par la Star Academy en 2024, la jeune artiste s’en acquitte sans trembler.

« Le Trianon, faites du bruit ! » Le ton est donné, et Frida, tirée de Guérir, son premier album sorti le 2 octobre dernier, lance les festivités. Souriante, spontanée, elle crée d’emblée une vraie proximité avec la salle. Sur La Boss, elle décrète en plein morceau une parenthèse de liberté absolue : crier, danser, faire ce qu’on veut. Personne ne se fait prier. Premier coup de théâtre quelques minutes plus tard. Pendant bellevie, Eddy de Pretto surgit sur le deuxième couplet, et une vague d’effervescence parcourt le parterre. Le passage est bref, mais il laisse une trace.

Marguerite poursuit avec Un peu beaucoup, single phare de son album, qu’elle joue pour la première fois dans une salle. Puis vient Les filles, les meufs, le titre qui l’a fait connaître : les bras ondulent d’un bout à l’autre du Trianon et le refrain est repris en chœur. Elle présente ses musiciens, remercie le public et cueille au vol une rose tendue depuis la fosse. Vingt minutes, et déjà la preuve d’une présence scénique qui s’affirme.
20h42 : Vanessa Paradis, l’élégance intemporelle
Changement d’époque, de stature, d’atmosphère. Vanessa Paradis entre sous les applaudissements. Sa seule présence est un événement : elle se prête rarement à ce genre de plateau collectif. Actuellement en tournée pour défendre Le Retour des beaux jours, huitième album paru en octobre 2025 et façonné avec Étienne Daho et Jean-Louis Piérot, elle affiche une forme rayonnante. Dès Rendez-vous, sa classe naturelle et son énergie communicative s’imposent, portées par une formation généreusement fournie. Place ensuite à la nostalgie avec Marilyn & John, madeleine de la fin des années 1980 à laquelle les cuivres offrent un souffle neuf sans rien lui retirer de sa douceur d’antan. « Si jamais vous avez envie de chanter et que vous ne connaissez pas les paroles, chantez, ça vous fera du bien », glisse-t-elle, malicieuse, avant Divine idylle, un tube qui n’a rien perdu de son efficacité et le refrain emplit la salle.

Le public scande son prénom. Touchée, elle salue ses musiciens (trombone, saxophone, flûte, claviers, guitare, basse, batterie et percussions), dont les arrangements ajoutent une vraie profondeur au set. Après Les épines du cœur, issue du dernier disque, retentit l’inusable Tandem, dont le texte signé Gainsbourg garde toute sa saveur et fait naître une belle communion. « C’est trop bon, le spectacle vivant, faut toujours le laisser vivant », confie-t-elle avant de clore avec Bouquet final, le single qui avait annoncé son retour. Dernier envol lumineux, puis un mot de tendresse : « Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. » En une petite demi-heure, son répertoire a traversé les décennies sans prendre une ride.
21h30 : Eddy de Pretto, surgi du fond de la fosse
Entre les passages des artistes, c’est DJ Max, alias Maxime Deschaeck, chroniqueur du Double Expresso sur RTL2, qui assure les interludes pendant les changements de plateau, entretenant la dynamique à coups de tubes rassembleurs. Mais le programme réserve une autre surprise.

Micro en main, Eddy de Pretto jaillit du fond de la fosse. Aucune mise en scène démonstrative : il traverse la foule en chantant Sous influence, son nouveau single dévoilé le 4 septembre. La frontière entre la scène et la salle s’efface. Arrivé sur le plateau, il poursuit avec LOVE’n’TENDRESSE, l’un de ses titres emblématiques. Sept minutes seulement, mais de quoi marquer les esprits.

21h51 : Pierre de Maere, flamboyance et retrouvailles
Pierre de Maere possession de la scène avec Un jour je marierai un ange, tube certifié diamant qui l’a propulsé au premier rang de la pop francophone. Difficile d’imaginer meilleure entrée en matière. « Bonsoir le Trianon, bonsoir Paris ! » lance-t-il, avant J’aurais fini par te plaire, extrait d’Ave de Maere, son deuxième album sorti le 25 septembre dernier. La soirée a pour lui une saveur particulière. Il retrouve ses musiciens sur scène pour la première fois depuis longtemps et se rappelle avoir donné au Trianon un de ses premiers concerts. Retour aux sources, donc, mais aussi ouverture d’un nouveau chapitre. De Mon amour, fuck à Oh no !, il déroule les titres de son nouveau disque, toujours aussi théâtraux, mais plus nourris de vécu.

Avec Enfant de, l’autre grand succès de son premier album, la température augmente encore. Il se dépense sans compter, multiplie les mouvements, puis plaisante sur une condition physique qu’il juge moins fringante qu’autrefois. L’autodérision lui sied, tout comme sa façon d’alterner exubérance et sincérité. Après Opinel, il présente ses musiciens, fidèles de la première tournée et nouvelles recrues. Sa claviériste, qu’il décrit comme sa meilleure amie, l’accompagne ensuite sur Quasiment parfait, chanson dont la version originale, sur disque, est un duo avec Clara Luciani.
Pour conclure, Je pense à vous, premier single de cette nouvelle ère, devenu viral grâce à un refrain dont les aigus donnent du fil à retordre aux internautes. Il y déploie toute l’étendue de sa voix. Trente-sept minutes après son entrée, il quitte la scène sous les applaudissements, artiste singulier dont la flamboyance laisse toujours affleurer l’émotion.
22h38 : Charlotte Cardin, éclair de lumière
À peine le temps de souffler qu’une nouvelle invitée surprise rejoint le plateau. Charlotte Cardin interprète Memories, son single dévoilé le jour même. Déjà présente au Pop-Rock Live l’année précédente, la chanteuse québécoise revient là où on ne l’attendait pas, au plus grand plaisir du public. Sa voix immédiatement reconnaissable et sa grâce solaire illuminent ce morceau à la production très soignée. Trois minutes, et elle disparaît. Un passage éclair, presque frustrant, qui ajoute un peu de magie à la soirée.

22h47 : Zazie, la plume et le panache
Il est 22h47 quand Zazie entre en scène pour clore la soirée. À peine une semaine après la sortie de Volatil, son douzième album, elle ouvre avec Où la vie va. Un léger déséquilibre sonore rend d’abord sa voix moins présente que celle de ses prédécesseurs, mais le réglage se fait vite.
Avec sa franchise coutumière, elle avoue ne pas être tout à fait rodée : sans tournée en cours, les automatismes du live ne sont pas encore revenus, mais l’invitation de RTL2 lui faisait trop plaisir pour la décliner. Cette confidence donne d’emblée au moment un côté spontané et attachant.
Après Peu importe, premier single du nouvel album, elle promet de ne pas oublier ses anciennes chansons. Promesse tenue sur-le-champ avec Je suis un homme, tube de 2007 dont la force frappe toujours. Les lumières soulignent une interprétation intense. Sur les mots « je tourne en rond », Zazie se met à tourner sur elle-même, entraînant le pied de micro qui finit au sol. Elle en rit, tente de remettre l’ensemble en place, plaisante sur le temps de réparation. Loin de gêner, l’incident ajoute au charme du moment.

La même histoire est l’un des temps forts de sa prestation. Dans ce nouveau titre, elle interroge avec une lucidité désarmante l’incapacité de l’humanité à tirer les leçons du passé : cycles de violence, répétitions de l’Histoire, aveuglements politiques. Chaque mot pèse, sans que la musicalité en souffre. Un moment suspendu, qui rappelle quelle immense parolière elle demeure.
Après avoir présenté ses musiciens, elle retrouve une énergie plus électrique avec Speed, paru en 2018. « Vous chantez bien ! Que vous êtes en forme, ça fait plaisir ! », lance-t-elle, constatant que l’enthousiasme du public n’a pas faibli malgré l’heure tardive.
Avant-dernier morceau, et la fièvre monte d’un cran. Dès les premières notes de Rue de la Paix, le Trianon s’embrase. Vingt-cinq ans après sa sortie, le classique conserve toute sa puissance d’entraînement : les refrains fusent, les voix se mêlent, la salle semble vouloir retenir chaque seconde.
Mais Zazie choisit une autre voie pour ses adieux. « On manque de plus en plus de douceur », confie-t-elle avant J’envoie valser. Le contraste est frappant : après l’électricité, la tendresse ; après les refrains scandés à pleins poumons, l’émotion à fleur de peau. Le Trianon s’enveloppe dans une dernière bulle de grâce. La chanteuse sort de scène, puis revient chercher un bouquet de fleurs qui lui est offert. Trente minutes ont passé, et on en aurait volontiers repris.
23h15 : le rideau tombe
Quand les animateurs de RTL2 remontent sur scène pour remercier les équipes et saluer le public, il est un peu plus de 23h15. Les lumières se rallument sur un Trianon qui aura vibré plus de trois heures au rythme de plusieurs générations de chanson française.
De l’insouciance communicative de Marguerite à la grâce perpétuelle de Vanessa Paradis, de l’exubérance de Pierre de Maere à la profondeur de Zazie, sans oublier les apparitions distillées par Eddy de Pretto et Charlotte Cardin, cette édition a su conjuguer nostalgie, découvertes et actualité musicale. Programmation cohérente, artistes visiblement heureux d’être là, public toujours prêt à donner de la voix : le Pop-Rock Live a rappelé que les chansons changent de dimension quand on les partage. Et, pour reprendre les mots de Vanessa Paradis, le spectacle vivant est décidément trop bon pour ne pas le laisser vivre.