HADES : la nouvelle voix de Melanie Martinez
Melanie Martinez enterre Cry Baby, et c’est la meilleure décision qu’elle ait prise en dix ans de carrière. Il fallait bien que la petite fille aux couettes finisse par grandir. Après trois albums bâtis autour du même personnage, Melanie Martinez a fini par comprendre ce que beaucoup d’artistes à concept mettent une décennie à admettre : on ne peut pas raconter la même histoire indéfiniment. Hades, sorti le 27 mars 2026 chez Atlantic, tourne donc la page. Nouveau personnage (Circle, popstar fabriquée par une multinationale tentaculaire baptisée Hades Tech), nouvel univers, nouvelle ambition.
Dix-huit titres, plus d’une heure dix. Sur le papier, ça sent le disque qui n’a pas su se couper. Dans les faits, ça tient. Melanie Martinez traverse la masculinité toxique (White Boy With a Gun), l’hypocrisie religieuse (The Vatican, probablement le morceau le plus impressionnant du lot), la dépendance aux écrans, la mécanique qui transforme les jeunes femmes en produits (Disney Princess, qui est aussi, accessoirement, un tube). Il y a un côté catalogue des maux du monde, assumé, presque provocateur et Melanie Martinez épouse plusieurs couleurs musicales pour dire les choses.
C’est là que réside la vraie force de Hades : la voix. Elle commence sage, quasi enfantine comme toujours chez elle, puis se tord, se dédouble, part dans l’aigu ou se met à parler plutôt que chanter (Grudges). CJ Baran, à la production depuis ses débuts, sait visiblement où la pousser. Le résultat garde le vernis pop qui a fait vendre les trois premiers albums, mais avec des ruptures beaucoup plus franches, du côté du cinéma d’horreur par endroits.
Deux morceaux à part : Avoidant et Monolith, placés en miroir, où la chanteuse descend dans un grave qu’on ne lui connaissait pas. Et la fin, The Last Two People on Earth, qui est censément une chanson d’amour au milieu d’un monde qui s’effondre (sirènes, explosions, tout le folklore) et qui fonctionne malgré tout, ou grâce à tout ça. C’est le genre de pari casse-gueule que peu d’artistes pop tentent encore.
On sait déjà que Hades n’est que la moitié de l’histoire : un second album, Elysium, doit suivre, versant utopique du diptyque. Ça change la façon d’écouter ce disque-ci, qu’il faut prendre moins comme une œuvre fermée que comme la descente avant la remontée. Reste à voir si la suite tient la promesse. Pour l’instant, en tout cas, Melanie Martinez livre son disque le plus abouti à ce jour, et confirme au passage qu’elle reste l’une des rares artistes pop à construire un vrai monde autour de ses disques plutôt qu’une simple collection de singles.
Note : 8,5/10