78e Festival de Cannes : deux semaines intenses entre résistance, émotion et miroir du monde

Cannes 2025 par Geoffroy Cretien - AMBIVALENT©

Du 13 au 24 mai 2025, la Croisette a vibré au rythme de la 78e édition du Festival de Cannes. Présidée par Juliette Binoche, entourée d’un jury international prestigieux (Halle Berry, Payal Kapadia, Alba Rohrwacher, Leïla Slimani, Dieudo Hamadi, Hong Sang-soo, Carlos Reygadas et Jeremy Strong), cette édition restera comme l’une des plus engagées et politiquement marquées de ces dernières années.


Une ouverture légère et musicale qui contraste avec la gravité ambiante
La cérémonie d’ouverture, le 13 mai, a débuté sous les flashs et dans une ambiance solennelle teintée d’actualité internationale. Robert De Niro y a reçu une Palme d’or d’honneur des mains de Leonardo DiCaprio, tandis que Quentin Tarantino a officiellement déclaré le festival ouvert.

Le film d’ouverture, Partir un jourd’Amélie Bonnin, une comédie musicale française pleine de charme et de nostalgie (avec Juliette Armanet et Bastien Bouillon en tête d’affiche), a lancé les festivités sur une note légère et enjouée. Cette romance chantée, adaptée d’un court-métrage couronné aux César, a offert un moment de douceur et d’évasion avant que la compétition ne plonge les spectateurs dans des œuvres bien plus sombres et urgentes.

Dès les premiers jours, la sélection officielle (22 films en compétition issus de 14 pays) a imposé un ton plus grave, avec des projections ovationnées traitant de mémoire traumatique, d’oppression, de filiation et de résistances intimes ou collectives. Les sections parallèles (Un Certain Regard, Quinzaine des cinéastes, Semaine de la critique) ont elles aussi brillé par leur vitalité et leur diversité.


Des temps forts marqués par l’émotion et la politique
Parmi les moments les plus intenses de ces deux semaines : les ovations debout pour Un simple accident de Jafar Panahi, tourné dans la clandestinité en Iran, et pour L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, qui ont rapidement émergé comme des favoris. Les conférences de presse des réalisateurs dissidents ou engagés ont souvent tourné au débat sur la liberté d’expression et les crises géopolitiques (Moyen-Orient, Ukraine…).

L’édition n’a pas échappé aux soubresauts du réel : débats enflammés sur le rôle du cinéma face aux conflits, et un incident symbolique en fin de festival avec une panne de courant massive à Cannes, attribuée à des actes de sabotage, qui a plongé une partie de la ville dans le noir le soir de la clôture.

Côté glamour, les montées des marches sont restées spectaculaires, avec une forte présence de stars internationales, même si les discussions aux terrasses et dans les salles revenaient sans cesse à la gravité du monde.


Un palmarès engagé et retentissant
La cérémonie de clôture, le 24 mai, a couronné sans surprise mais avec force Jafar Panahi de la Palme d’or pour Un simple accident.Ce thriller moral sur le dilemme d’un homme confronté à son ancien tortionnaire a été salué comme un acte de résistance cinématographique majeur. Le réalisateur iranien, maintes fois emprisonné, a livré un discours émouvant appelant à la liberté et à l’unité.
Le Grand Prix est revenu à Joachim Trier pour Valeur sentimentale, un drame norvégien intime et puissant sur la création et la transmission.

Le jury a par ailleurs distingué :

  • Prix de la mise en scène : Kleber Mendonça Filho pour L’Agent secret (O Agente Secreto), film brésilien tendu et politiquement incisif.
  • Prix du jury (ex aequo) : Sirât d’Óliver Laxe (Espagne) et Sound of Falling de Mascha Schilinski (Allemagne).
  • Prix d’interprétation féminine : Nadia Melliti dans La Petite dernière d’Hafsia Herzi.
  • Prix du scénario : Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Jeunes mères.
  • Prix spécial : Resurrection de Bi Gan (Chine).

La Caméra d’or a récompensé The President’s Cake de Hasan Hadi, tandis que la Palme d’or du court métrage est allée à I’m Glad You’re Dead Now du Palestinien Tawfeek Barhom.

Ce palmarès, souvent qualifié de « politique » par la presse internationale, reflète les préoccupations du moment : droits humains, mémoire, féminisme et luttes contre l’autoritarisme. Juliette Binoche et son jury ont assumé un choix exigeant artistiquement tout en envoyant des signaux forts.

Deux semaines qui ont rappelé l’essence de Cannes
Entre ovations debout, débats passionnés, glamour des marches et moments d’émotion brute, ces douze jours ont une nouvelle fois prouvé que Cannes reste le plus grand rendez-vous du cinéma mondial : un lieu où le glamour côtoie la gravité, où les stars rencontrent les dissidents, et où les films continuent de questionner le réel. Dans un paysage cinématographique bouleversé par les plateformes et les crises économiques, le festival affirme plus que jamais son rôle de phare : espace de découverte, de confrontation et de célébration d’un septième art vivant et nécessaire.

Plongez dès maintenant dans notre dossier spécial Cannes 2025, riche en interviews exclusives de talents de films issus de la Sélection Officielle et des sections parallèles. Au programme :

Compétition
– Rémi Boubal pour RENOIR


Un Certain Regard
– Aïssa Maïga pour PROMIS LE CIEL (film d’ouverture)
– Zuzana Kirchnerová pour CARVANE


Séance Spéciale
– Or Sinaï pour MAMA
– Félix Kysyl pour QUI BRILLE AU COMBAT


Quinzaine des Cinéastes
– Piper Perabo pour AMOUR APOCALYPSE
– Félix Dufour-Laperrière pour LA MORT N’EXISTE PAS


ACID
– Lucio Castro pour DRUNKEN NOODLES


CINEF
– Heo Gayoung pour FIRST SUMMER (Premier Prix)


AUTOUR DU FESTIVAL DE CANNES :

Prix de la Meilleure Création Sonore
– Gérard Krawczyk (Président du Jury)

10 To Watch d’Unifrance :
– Megan Northam
– Agathe Riedinger
– Ludovic & Zoran Boukherma
– Sayyid El Alami
– Adam Bessa
– Lou Lampros

Rendez-vous en 2026 pour la 79e édition. D’ici là, les films primés continueront, espérons-le, leur belle carrière en salles et dans les cœurs.